Trousse d’études de
cas:
Nos expériences avec l’évaluation
environnementale au Canada
Preparé par :
Le caucus de planification et
d’évaluation environnementale du Réseau
canadien de l’environnement
Janvier 2000
Table des matières
1.0 Introduction:
Qu’est-ce que l’évaluation environnementale?
Quels sont les principes de base d’une bonne évaluation
environnementale?
2.0 Études
de cas : Examens préalables :
Cas Sunpine
Sentier équestre de Sulfure
Cas de traitement des Examens préalables
par la Commission de contrôle de l’énergie
atomique
3.0 Études
de cas : Études approfondies :
Projet d’extension du réseau
de canalisation de gaz naturel du Réseau
d’acheminement du gaz Portland (PNGTS) de TransQuébec
et Maritimes (TQM)
4.0 Études
de cas : Examens par une commission :
Barrage Oldman River (EARPGO)
Déclassement des résidus miniers
d’uranium (EARPGO)
Gestion des déchets de combustible nucléaire
(EARPGO)
Évaluation environnementale du Lac McClean
Mine de charbon de Cheviot Coal
Mines de diamants de BHP Diamond
Projet d’extraction minière du cuivre et
de l’or South Kemess
5.0 Études
de cas : Autres processus :
Mine de cuivre Huckleberry
Proposition à propos de la mine Bronson
Slope
Délivrance de permis aux Installations
de la Maple Leaf à Brandon
Examen de l’aquaculture du saumon en Colombie
britannique
APPENDICES:
RÉFÉRENCES ET SOURCES

1.0 Introduction
Au Canada, l’évaluation environnementale
(EE) prend plusieurs formes. Le pays jouit d’un
processus fédéral d’EE, régi
par la Loi canadienne sur l’évaluation
environnementale, de dix processus d’évaluation
distincts provinciaux et territoriaux, de plusieurs
ententes bilatérales sur l’EE entre les
provinces et le gouvernement fédéral,
et de divers processus d’EE applicables notamment
à des projets entrepris par des Sociétés
d’État et des Autorités portuaires
et aux projets sur les terres des Premières
Nations. Dans l’ensemble, on peut estimer à
environ 2000 le nombre des régimes d’EE
au Canada. (Nikiforuk, 1997). Le processus d’EE
peut avoir lieu, et il a effectivement lieu, de
nombreuses différentes manières
à divers paliers gouvernementaux.
Or, il existe des principes « fondamentaux »
sous-jacents qui devraient faire partie de toutes
les évaluations environnementales. Le présent
rapport, souligne les principes fondamentaux ou
de base d’une évaluation environnementale
bonne et efficace, et présente des études
de cas d’EE « en cours ». Les études
de cas vont de l’analyse des conséquences
de l’absence d’EE lors de la délivrance
de permis aux Installations de la Maple Leaf à
Brandon, au Manitoba, à des évaluations
très détaillées de vastes
projets miniers, comme ceux de la mine de charbon
Cheviot en Alberta et de la mine de diamants BHP
dans les Territoires du Nord-Ouest.
Chacune des études de cas a été
préparée par un membre du Caucus
sur la planification et l’évaluation environnementales.
Ce Caucus est un groupe national composé
de groupes membres du Réseau canadien de
l’environnement. Le Caucus comprend donc, entre
autres, des militants, des éducateurs communautaires,
des forestiers écologistes, des avocats
et des citoyens soucieux de l’environnement. La
majorité de ces personnes y apporte leur
expérience directe de l’EE au Canada, forts
de leur désir d’améliorer la planification
et l’évaluation environnementales dans
notre pays, aux plans local, provincial et national,
tout en cherchant à accroître la
participation des citoyens à ces processus.
Les membres du Caucus apportent des témoignages
variés aux parties narratives du présent
rapport. Ils ont aussi choisi de mettre en relief
divers aspects de ce qu’ils estiment être
les forces et les faiblesses apparentes de l’EE
à laquelle ils ont participé.
Cette compilation d’études de cas arrive
à une période importante de l’évolution
de l’EE au Canada. Non seulement les instances
fédérales et provinciales sont-elles
en train de mettre en vigueur des ententes bilatérales
en vertu de l’Accord pancanadien sur l’harmonisation
environnementale, mais la Loi canadienne sur l’évaluation
environnementale fait l’objet d’un examen depuis
janvier 2000. Ces études de cas relèvent
de nombreuses faiblesses et quelques forces des
pratiques courantes en matière d’EE au
Canada. L’examen de la LCEE constitue donc un
moment privilégié pour se pencher
sur ces faiblesses et mettre en valeur ces forces
et miser sur elles.
Qu’est-ce que l’évaluation environnementale?
L’évaluation environnementale est une
façon d’aborder la planification... Du
moins, c’est un moyen de prévoir et d’éviter
des problèmes ou d’en réduire le
nombre avant qu’ils ne se produisent. D’un point
de vue plus positif, l’évaluation environnementale
est une façon plus globale et plus prévoyante
de déterminer les gestes que nous devons
poser pour tirer le meilleur parti des occasions
qui s’offrent à nous. (Gibson, 1993).
L’EE est un processus...
L’évaluation environnementale est le processus
par lequel on analyse l’impact d’une initiative,
que ce soit un projet, un programme ou une politique,
sur tout l’environnement qu’elle pourra toucher.
Le processus d’EE idéal est proactif et
anticipatif, et, en comme processus décisionnel,
entièrement intégré à
toutes les étapes d’un projet, d’un programme
ou d’une politique. Le processus d’EE idéal
suppose l’intégration de considérations
environnementales au moment de la planification
initiale, c’est-à-dire lorsqu’on se penche
sur la nécessité de cette initiative
et ses solutions de rechange. (Gibson, 1992)
L’EE est un outil...
Lorsqu’on la mène de manière adéquate,
l’EE est un outil de prise de décisions
démocratiques qui permet de juger si l’initiative
vaut la peine d’être entreprise des points
de vue social et économique, ainsi que
de celui de la santé écologique
sur le lieu et les gens qui pourraient être
touchés par le projet, le programme ou
la politique proposé. L’EE procure un cadre
à l’intérieur duquel les gouvernements,
le secteur industriel et le public peuvent prendre
des décisions écologiques et sociales
acceptables et éclairées.
L’EE peut faire gagner du temps et économiser
de l’argent...
L’EE est parfois perçue comme un obstacle
au développement ou à la concurrence.
Même si elle entraîne des frais et
demande qu’on y consacre du temps, lorsqu’il s’agit
d’une EE exhaustive et de qualité, ceux-ci
sont beaucoup moins élevés que les
coûts des rectificatifs ou d’une remise
en état après coup. Lorsqu’elle
est bien effectuée, l’EE est un processus
valable qui fait épargner de l’argent et
gagner du temps tout en assurant des décisions
raisonnables.
L’EE est dynamique...
L’EE est un processus en évolution constante.
Cette évolution est due en grande partie
aux interventions des citoyens et des groupes
canadiens préoccupés par les décisions
des gouvernements et des secteurs industriels.
Le travail et l’énergie des citoyens soucieux
de l’environnement ont conduit à des décisions
jalons qui ont façonné et défini
le processus d’EE, ainsi que son application et
son utilisation. Le projet Kemano Completion,
le barrage sur la rivière Oldman River,
les barrages Rafferty-Alameda et le projet hydroélectrique
Grande-Baleine ont été soit stoppés,
soit modifiés substantiellement grâce
aux efforts de citoyens, de propriétaires
fonciers, de groupes écologistes et d’autochtones
déterminés.
Quels sont les principes de base d’une bonne
évaluation environnementale?
Si nous comprenons bien les principes de base
de l’EE idéale, nous sommes mieux placés
pour déceler les forces et les faiblesses
d’une EE sur le terrain. Les principes suivants
devraient caractériser une EE idéale.
Ce n’est pas nécessairement ainsi que l’EE
est appliquée actuellement dans l’ensemble
du Canada.
L’EE doit être un processus ouvert, responsable
et indépendant.
Une bonne EE doit être ouverte, transparente
et fondée sur la responsabilité,
ainsi qu’être gérée par une
entité impartiale et indépendante.
Un processus qui ne serait pas ouvert et transparent
ne serait aucunement bénéfique pour
le public, le gouvernement ou le promoteur. Un
processus qui serait géré par une
entité dont les intérêts seraient
liés au projet à évaluer
ne serait pas digne de foi.
Un processus ouvert offre un accès facile
et équitable à toutes les parties.
Il est aussi un processus où les parties
ont l’occasion de participer réellement
aux décisions.
Un processus transparent comporte des précisions
claires pour toutes les parties sur les motifs
des décisions et les processus décisionnels.
Tous les renseignements et les facteurs qui
entrent en jeu dans la prise de décisions
sont présentés, clairs et accessibles
à toutes les personnes intéressées.
Un processus responsable comprend des lignes
directrices pour la prise de décisions
qui sont claires. Les décideurs assument
la responsabilité des décisions
qu’ils ont prises.
L’EE doit être effectuée tôt,
avant que des décisions ne soient prises,
et doit examiner, dès le début,
la nécessité d’une initiative et
ses solutions de rechange.
Il faut prendre en considération l’impact
d’un projet, d’un programme ou d’une politique
dès que possible au moment de la conception
et de la planification d’un projet, à savoir
avant même de prendre une décision
sur celui-ci. Trop attendre avant d’évaluer
un projet peut entraîner des retards et
des pertes inutiles, en temps et en argent, que
le promoteur et le public auront éventuellement
à assumer. Si l’EE a lieu après
que des décisions sont prises en faveur
du projet, il est probable que l’évaluation
ne sera pas objective.
Il est donc plus important de débuter
l’EE au moment où la nécessité
d’un projet et ses solutions de rechange ne seraient
pas prises en considération. C’est seulement
à cette étape qu’on pourra choisir
les meilleures options des points de vue non seulement
écologique, mais aussi techniques et financiers.
L’EE doit s’appliquer à toute initiative
qui aurait des effets sur l’environnement.
L’EE doit s’appliquer à tout projet, programme
ou politique privé ou public qui aurait
des effets sur l’environnement. En ne s’en tenant
qu’aux projets, politiques et plans définis
dans la Loi canadienne sur l’évaluation
environnementale, nous laissons sans examen des
initiatives qu’il aurait fallu évaluer.
« L’environnement » doit être
défini au sens large dans une EE.
En plus d’inclure les effets biophysiques et
les impacts d’un projet, d’un programme ou d’une
politique, la Loi devrait définir le terme
« environnement » pour y inclure les
impacts socio-économiques, spirituels et
culturels. Plusieurs programmes et projets ont
des impacts immédiats et à venir
d’importance sur les écosystèmes,
ainsi que sur la santé, la qualité
de vie, les pratiques traditionnelles et l’autonomie
des collectivités aux plans local, régional
et mondial. Une définition trop restreinte
a pour conséquence qu’on ignore ces impacts
lors d’une EE.
Le public doit être engagé de
manière significative et active.
Il est important que le public ait l’occasion
de participer à une EE de façon
significative et active. Un tel engagement suppose
l’accès à l’information et à
l’expertise nécessaires ainsi que l’accès
au financement qui permettra au public de s’organiser,
de se renseigner sur le projet, les options et
les questions soulevées, de même
que d’élaborer des positions et de présenter
des points de vue efficacement. De plus, les avis
prévus aux diverses étapes d’une
EE doivent être donnés en temps opportun
pour permettre au public de répondre aux
documents et études.
L’EE doit résulter en une décision
qui lie les parties.
La décision finale d’un processus d’EE
doit être obligatoire et exécutoire,
et elle doit lier les décideurs qui l’ont
prise.
L’EE doit être efficace et intégrée
à d’autres processus de planification.
D’un point de vue idéal, l’EE doit constituer
une des composantes d’un cadre de planification
environnementale exhaustif. Ce cadre doit définir
les buts, objectifs et priorités environnementaux
régionaux, être adapté à
l’évolution des politiques et des processus
d’examen, inclure les conséquences sur
l’environnement et les valeurs écologistes
aux décisions sur le développement,
et intégrer la conformité des résultats
en cours aux buts et objectifs.

2.0 Examens préalables
Le cas Sunpine
Aperçu
En 1993, l’organisation non gouvernementale
Friends of the West Country (FWC), qui s’intéresse
de très près aux impacts de la récolte
du bois, a pris connaissance du fait que l’entreprise
Sunpine Forests Products (Sunpine) prévoyait
construire une « grand-route » toutes
saisons qui lui permettrait d’accéder à
un territoire où elle comptait effectuer
des coupes en vertu de son Entente sur la gestion
forestière. La construction d’une telle
route supposait la construction de deux ponts
sur le Ram Creek et le Prairie Creek respectivement.
Les membres de la FWC vivent sur ce territoire
qu'ils utilisent pour la chasse, la pêche,
la trappe et leurs loisirs. Ils voulaient s'assurer
que l'on prenne pleinement en considération
les incidences environnementales et les inquiétudes
du public avant que des décisions irrévocables
ne soient prises à propos de la construction
des deux ponts.
Entre la fin de l'automne 1993 et le mois d'août
1996, le ministère des Pêches et
Océans et la Garde côtière
canadienne (l'autorité responsable) ont
traité diverses requêtes présentées
par la FWC qui demandait des évaluations
des incidences, ainsi que des renseignements et
éclaircissements sur plusieurs questions.
Entre autres points, les lettres soulignaient
la probabilité d'une augmentation de la
siltation des cours d'eau qu'enjamberaient ces
ponts, d'une augmentation de la décharge
de sédiments dans les cours d'eau après
des pluies et de la fragmentation des habitats
fauniques. La FWC s'est vu refuser l'accès
au document de dépôt de la demande
de la Sunpine, car on alléguait un manque
de ressources pour la photocopier à fins
de diffusion. En revanche, on suggéra à
la FWC de se rendre au Registre public de Sarnia,
Ontario, pour obtenir les documents relatifs à
cette demande. La FWC a quand même finalement
obtenu quelques documents pertinents, mais on
l'a informée qu'il lui faudrait entamer
un long processus en vertu de la Loi sur l'accès
à l'information pour obtenir les documents
manquants.
Le résultat des démarches, étalées
sur trois ans, a été l'approbation
de la tenue d'un Examen préalable par la
Garde côtière canadienne (GCC) qui
s'en est seulement tenu aux incidences environnementales
des deux ponts sans prendre en considération
les impacts de toutes les autres entreprises liées
au projet (Art. 15 de la LCEE)non plus que les
« effets cumulatifs » (Art. 16,1 de
la LCEE). Deux semaines plus tard, la GCC complétait
un Addendum aux rapports d'Examen préalable
et procédait à la recommandation
de la délivrance des autorisations en vertu
de la Loi sur la protection des eaux navigables.
Les autorisations ont été émises
le lendemain.
Le 19 août 1996, la FWC a décidé
de porter l'affaire devant les tribunaux et déposait
un « Avis de requête introductif d'instance »
avec affidavit à l’appui. La FWC alléguait
que la GCC n'avait pas satisfait aux conditions
des articles 15 et 16 (voir ci-dessus) et de l'article
55 voulant qu'un Registre public convenable doit
être remis à des requérants
et qu’on doit donner au public l'occasion d'examiner
quelque document que ce soit du registre et de
le commenter.
Le 7 juillet 1998, le juge J. Gibson, de la Section
de première instance de la Cour fédérale,
rendait sa décision : La GCC ne s'était
pas conformée à la LCEE en restreignant
arbitrairement son Examen aux impacts des deux
ponts. Le juge Gibson statuait que la GCC et le
ministre des Pêches et Océans avaient
manqué à leur obligation juridique
d'évaluer les effets cumulatifs du projet
conjointement avec d'autres projets et activités
sur le territoire en question.
Le juge Gibson ajoutait que la municipalité
de Sarnia, Ontario, ne constituait pas un lieu
d'accès qui convienne en l'occurrence à
des résidents des « Foothills de l'Alberta ».
Le 25 septembre 1998, le Gouvernement du Canada
demandait un appel accéléré
à la Cour d'appel fédérale,
de même que la suspension de la décision
jusqu'à ce que le litige soit tranché
par la Cour d'appel. Dans un communiqué
de presse, la ministre de la Justice, Anne McLellan,
affirmait que le gouvernement interjetait appel
pour clarifier un point de droit très important,
car il était nécessaire de comprendre
clairement la latitude du pouvoir discrétionnaire
que peuvent exercer les ministères lorsqu'ils
déterminent la portée de projets
et d'évaluations en vertu de la LCEE.
En novembre 1998, le juge en chef de la Cour
fédérale (M. le juge Isaac) rejetait
la suspension d'appel et demandait qu'une nouvelle
évaluation environnementale soit réalisée.
On s'attendait à ce que l'appel soit entendu
à la fin du printemps ou au début
de l'été 1999.
Questions clés
Déclencheur
Le gouvernement fédéral a tardé
des mois à décider s'il y avait
ou non un déclencheur fédéral
qui pourrait l'obliger à entreprendre une
évaluation environnementale en vertu de
la LCEE. Malgré les nombreuses preuves
des préoccupations du public, de l'incertitude
quant aux impacts et des dommages potentiels à
l'habitat des poissons, le gouvernement fédéral
n'a pas entrepris le processus d'Examen préalable
avant 1996, à savoir trois ans après
que la FWC a pris connaissance des plans de la
Sunpine pour la construction de la grand-route.
Un déclencheur aussi tardif n'a apporté
que des délais inutiles et de l’incertitude
au promoteur et a constitué un déni
du droit du public à participer au processus
décisionnel.
Participation du public
L'aperçu précédent souligne
aussi les obstacles rencontrés par le public
lorsqu'il tente d'obtenir des documents pertinents
à un projet. On a même suggéré
à la FWC de communiquer avec la Sunpine
pour obtenir copie de la proposition. Par la suite,
les motions successives préalables au procès
pour faire produire des documents ont résulté
en un jugement préliminaire de la Cour
fédérale (Juge Muldoon) en mai 1997.
Le gouvernement fédéral a porté
cette décision en appel, mais une fois
de plus sans succès. Dans sa dernière
décision, le juge Gibson affirmait que
la réponse du ministère des Pêches
et Océans aux requêtes relatives
à la production des documents était
tout à fait inopportunes et, qui plus est,
allait à l'encontre de la LCCE.
Prise en considération des effets
cumulatifs
Il est important de noter que la FWC, de concert
avec les forestiers et des biologistes du ministère
albertain de l'Environnement, avait cerné
un grand nombre d'effets cumulatifs importants
qui ont été exclus de l'Examen préalable,
ce qui restreignait ainsi grandement la capacité
de la GCC de rendre une décision éclairée
dans ce cas. Certains de ces effets sont les suivants
:
- Accroissement de la siltation des cours d'eau
en raison des traverses de chemins ainsi que
du remplissage et de la formation des fossés
qui y sont associés
- Accroissement du rejet de sédiments
dans les cours d'eau après des pluies,
par suite des activités sur la route
et des activités de coupe exercées
près des cours d'eau
- Accroissement de la prise de poissons et
de la capture d'animaux sauvages sur le territoire
en raison de l'accès accru par la nouvelle
route
- Accroissement de la présence humaine
sur le territoire en raison de l'utilisation
de la route, avec, comme conséquence,
des impacts négatifs sur certaines espèces
d'animaux sauvages
- Fragmentation de l'habitat faunique causée
par l'emplacement de la route et les activités
de coupe
- Une multitude d'impacts résultant
de la coupe et liés à la pêche,
y compris : la détérioration physique
des rives des cours d'eau et des canaux, l'augmentation
des charges en nutriments et de la température
de l'eau, les obstacles au passage des poissons,
la perte de végétation sur les
rives et l'effet de l'enlèvement étendu
de la forêt sur l'écoulement fluvial.
Sentier équestre de Sulphur
Aperçu
Les Examens préalables effectués
en vertu de la Loi canadienne sur l'évaluation
environnementale ont souvent cours dans des parcs
nationaux. Les projets sont souvent à proximité
l'un de l'autre et interagissent avec l'activité
touristique sur un vaste territoire. Le projet
en question, dans le Parc national de Banff, comprenait
une proposition de déplacement d'un sentier
équestre dans le but de protéger
un corridor crucial utilisé par les animaux
sauvages.
Le besoin d'un tel projet s'est fait sentir lorsqu'on
a fermé des sentiers équestres et
pédestres existants pour assurer aux animaux
sauvages l'utilisation de leur corridor en périphérie
de la municipalité de Banff. L'Examen préalable
du plan structurel de la zone Middle Springs II
avait recommandé d'assurer l'utilisation
du corridor au pied de la Sulphur Mountain. Malheureusement,
l'évaluation environnementale n’avait pas
abordé les effets de la fermeture des sentiers.
Il a été nécessaire par la
suite d'instaurer une circulation équestre
à deux sens qui a congestionné les
sentiers conçus pour une circulation en
sens unique.
Parcs Canada a donc proposé de construire
de nouveaux sentiers. Les tracés potentiels
pouvaient avoir diverses incidences sur l'habitat
d'une espèce d'escargots unique sur la
planète et menacée d'extinction,
un site historique, des terres humides délicates
du point de vue écologique, et sur les
tracés d'un chemin public et d'un sentier
pédestre. Comme une autorité fédérale
et des terres fédérales étaient
directement touchées, on pouvait déclencher
une évaluation environnementale en vertu
de la Loi canadienne sur l'évaluation environnementale
(LCEE). De plus, comme l'aménagement du
sentier devait se faire dans un parc national,
Parcs Canada est devenu à la fois promoteur
et autorité responsable. De plus, le personnel
de Parcs Canada, spécialisé en évaluation
environnementale, a préparé une
évaluation et a accordé 14 jours
d'examen par le public après avoir avisé
les parties qu'il savait intéressées.
Dès la réception des commentaires
du public, une réunion sur le site a permis
de discuter des commentaires sur l'EE et d'examiner
les endroits touchés par le projet. Certains
chercheurs locaux et des membres d'un club local
de naturalistes ont commenté le projet
et, sur invitation de Parcs Canada, ont pu visiter
le site en compagnie de l'exploitant des sentiers
et divers membres du personnel de Parcs Canada.
L'évaluation environnementale recommandait
d'aménager un nouveau sentier équestre
dans les terres humides délicates du point
de vue écologique. On affirmait que cette
option prendrait en compte les questions liées
à la qualité de l'expérience
et de la sécurité du public, tout
en évitant la construction de traverses
de chemins publics et d'habitats de l'escargot
menacé d'extinction. On prévoyait
que, comme cette option permettait de restaurer
une berme abandonnée à travers les
terres humides délicates, elle supposait
un dérangement minimal et des coûts
de construction moindres.
Dans ses commentaires, le public s'entendait
sur l'identification de la plupart des questions
d'ordre environnemental, mais il était
inquiet du fait que Parcs Canada n'ait pas traité
des questions de planification à long terme.
Certains commentaires du public indiquaient une
préoccupation du fait qu'on n'ait pas pris
en considération toutes les solutions de
rechange viables. D'autres faisaient mention d'un
besoin de protéger l'intégrité
des terres humides délicates en vertu du
Plan de gestion du Parc national de Banff. Le
public exprimait aussi le désir de remettre
le projet à plus tard, à savoir
dès qu'un plan local de gestion, qui était
d'ailleurs requis par le Plan de gestion du Parc
national de Banff, ait pu être élaboré.
En réponse à ces commentaires,
Parcs Canada a facilité la visite du site
dans le but de discuter du projet. Après
de telles discussions, il a été
recommandé qu'une nouvelle solution de
rechange préférée soit adoptée.
Cette solution ou option prévoyait l'élargissement
à deux voies dans les deux sens du sentier
existant en bordure des terres humides. Même
si cette option comportait certains dérangements
supplémentaires, elle évitait la
fragmentation des terres humides qui aurait eu
lieu si l'option préférée
avait été choisie et mise en oeuvre.
Questions clés
Prise en considération des solutions
de rechange
L’étude d'autres options d'alignement
constitue une caractéristique importante
de cette évaluation. Chacune des options
susceptibles d’être applicables avait été
expliquée clairement et analysée
dans le rapport d'Examen préalable en fonction
de ses effets éventuels. Cette analyse
documentée permettait donc aux personnes
qui l'analysaient de comprendre les choix écologiques
que supposait la sélection d'une option
préférée. Par conséquent,
la discussion publique sur le Rapport pouvait
mettre l'accent sur la résolution de questions
clés. Comme le processus d'évaluation
était déjà ouvert à
la prise en considération de solutions
de rechange, il était possible d’en choisir
une au terme de la discussion publique. Mais,
alors que cette évaluation allait être
qualifiée positivement sur ce point, on
a sérieusement soulevé la possibilité
qu'une solution de rechange apparemment évidente,
en l'occurrence celle qui entraînerait le
moins d'effets environnementaux graves, n'avait
pas été étudiée. L'orientation
donnée aux praticiens en matière
d'EE (dans la loi ou dans les normes de pratique)
doit être plus précise, afin qu'ils
s'assurent d'évaluer toutes les solutions
de rechange potentiellement viables.
Commentaires et participation du public
Le présent cas montre comment les commentaires
publics sur un projet d’assez petite envergure
peuvent améliorer les résultats
d'une EE. La nouvelle évaluation du projet
en fonction de l'apport du public a permis la
sélection d'une nouvelle option qui a permis
d'améliorer la protection de l'environnement,
tout en continuant de se pencher sur les questions
d'ordre socio-économique. La participation
du public a amélioré les communications
entre les parties intéressées de
même que la transparence du processus décisionnel.
Toutefois... 1) Très peu d'exemplaires
du rapport d'Examen préalable ont été
imprimés. Une copie était disponible
au bureau de l'administration de Parcs Canada
à Banff. Le personnel en prêtait
une autre. 2) Le fait que l'EE au niveau de l'Examen
préalable sur un territoire dépende
et bénéficie de l'expérience
et de l'expertise du public participant laisse
entendre que le financement de la participation
du public, d'une façon ou d'une autre,
aurait pu aider à compenser les efforts,
le temps investi et les dépenses engagées
par les participants qui cherchaient périodiquement
à améliorer la planification par
l’intermédiaire des processus d'EE. 3)
Si le temps accordé à l'examen avait
été plus long, l'examen aurait été
plus détaillé. Autrement, le nombre
des participants aurait pu être plus important.
Si les avis avaient été de portée
plus générale, d'autres parties
intéressées clés, telles
la municipalité de Banff, auraient pu se
prévaloir de leur droit de répondre.
De plus, comme les visites sur le site se faisaient
durant les heures de travail, l'horaire restreignait
la participation du public.
Planification améliorée
Une question cruciale soulevée par les
parties intéressées était
la nécessité de situer ce projet
dans le contexte d'un plan d'ensemble pour la
zone de la Sulphur Mountain. Comme cette évaluation
avait été faite sans qu'on ait l'avantage
de se référer à un tel plan,
les questions soulevées et débattues
ont encouragé les gestionnaires du parc
à amorcer des démarches pour élaborer
un plan d'ensemble.
Dans le rapport d'Examen préalable précédent
(Middle Springs II), on aurait dû faire
preuve d'une plus grande diligence pour évaluer
les effets et les solutions de rechange, aux plans
de la conception et de l'application. De telles
considérations, prises tôt durant
le processus, auraient permis aux planificateurs
d'être plus souples dans leur interprétation
de la sécurité du sentier et de
la qualité réduite de l'expérience
dans le parc (congestion), conséquences
des mesures d’atténuation recommandées
alors.
Cas de traitement des examens préalables
par la Commission de contrôle de l’énergie
atomique
Aperçu
Le projet en question consistait en la proposition
d'expansion des activités de la section
de gestion des résidus (TMF) de la mine
d'uranium de Cluff Lake au nord-ouest de la Saskatchewan,
propriété de la Cogema Resources
Inc. et exploitée par celle-ci, une filiale
à propriété majoritaire du
Commissariat à l'énergie atomique
de France. L'expansion proposée avait d'abord
été rendue publique au début
du printemps de 1998. Nous en faisons ici un étude
de cas, afin de fournir des renseignements sur
la façon dont la Commission de contrôle
de l'énergie atomique (CCEA)interprète
ses responsabilités en vertu de la Loi
canadienne sur l'évaluation environnementale
(LCEE), en général, et * l’Examen
préalable +, en particulier.
En 1993, l'expansion des activités d'exploitation
minière de l'entreprise avait fait l'objet
d'une évaluation environnementale complète
en vertu du Décret sur les lignes directrices
concernant le PEEE. La commission d’examen (Panel)
avait donné son approbation à la
construction et l'opération de l'expansion
proposée. Cogema alléguait que sa
section TMF avait la capacité suffisante
pour gérer les résidus qui résulteraient
de l'expansion. La commission d’examen avait accepté
cet argument, mais avait aussi affirmé
que la TMF existante devrait être fermée
dès que possible.
Au printemps de 1998, Cogema avait fait connaître
son intention de donner de l'expansion aux activités
de sa TMF, car elle avait des réserves
pour au moins dix ans encore et une capacité
insuffisante de gestion TMF. En tant qu'autorité
responsable, la CCEA, avait reçu ce renseignement
avec d'autres en vue du renouvellement de son
permis. Le gouvernement provincial et la CCEA
avaient préparé conjointement des
Lignes directrices pour une Déclaration
d'impact environnemental.
En toutes circonstances ou presque, la CCEA,
se référait au paragraphe généralement
évoqué, soit le para. 20,1,a de
la LCEE, qui fait référence à
un projet qui ne risque pas d'avoir des * effets
nuisibles importants sur l'environnement +. Or,
dans le cas qui nous intéresse, un interprétation
plus honnête de la Loi aurait dû faire
référence au para. 20,1,c.I, qui
fait référence à l'* incertitude
+ quant à la possibilité qu'un projet
ait des effets nuisibles sur l'environnement.
Il ne faisait aucun doute que l'expansion de la
TMF et l'augmentation de la production d'uranium
qui allait de pair relevaient du paragraphe 20,1,c,
compte tenu des inquiétudes quant aux effets
du léchage des nucléides radioactifs.
De plus, comme il y aurait augmentation de la
production d'uranium, le projet irait automatiquement
à la Liste des Études approfondies.
Bien que la CCEA tentait d'interpréter
la Loi le plus étroitement possible, des
preuves fournies par une étude de Maisie
Shiell (le 13 juillet 1998) démontraient
une augmentation de production excédentaire
de 35 pour cent et indiquaient un seul choix possible
entre une Étude approfondie ou un Renvoi
au ministre. La CCEA donnait une réponse
faible en disant qu'on n'avait pas encore pris
de décision sur le type d'EE nécessaire.
Ni une étude, ni un renvoi n'a eu lieu,
car peu de temps après Cogema annonçait
la fermeture de la mine.
Enfin, Cogema cessait tout préparatif
en vue d'une Déclaration d'impact environnemental,
car le 20 août 1998, elle annonçait
qu'en décembre 2000, elle suspendrait ses
activités à Cluff Lake.
Questions clé
Nécessité de la participation
du public
Le public est généralement tenu
à l'écart du processus d'évaluation
environnementale quand la CCEA est l'autorité
responsable. Lorsque la CCEA rend public un rapport
d'Examen préalable, elle le fait dans le
cadre de ses présentations aux fins de
délivrance de permis. Le personnel de la
CCEA ne sollicite pas l'apport du public durant
un Examen préalable. Le public peut lire
les rapports seulement à l'étape
du processus décisionnel relatif aux permis
et doit discuter avec la CCEA des interprétations
de la LCEE en ce qui a trait au type d'évaluation
requis.
Besoin de clarté
Afin d'atténuer les différences
d'interprétation entre la CCEA et le public,
la LCEE devrait être plus claire, et comprendre
de meilleures définitions de termes et
une meilleure orientation à être
donnée par l'Agence. L'* interprétation
large + qu'a utilisé (et utile encore)
la CCEA lui permet d'éviter de s'engager
à un examen public des projets. Il faudrait
chercher à créer des modes d'accès
facile de participation du public.
De telles interprétations et une mise
en application étroites de la Loi sont
communes à la CCEA. Voici un autre exemple
tiré du rapport d'Examen préalable
du 2 juin 1998 sur le Tritium Target au Electron
LINAC Research Accelerator Facility de la University
of Saskatchewan. En 1997, à la suite d'une
importante rejet de radium dans un lac environnant,
le personnel de la CCEA, inquiet, car ignorant
les causes du rejet, la source de la contamination
ou les effets sur le biote, entreprenait un Examen
préalable lors de la rédaction de
recommandations quant aux permis, mais n'avisait
pas le public qui ne vit le rapport qu'au moment
de sa publication, en annexe aux présentations
à la Commission, qui, elle, recommanda
l'approbation du permis, bien que pour neuf mois.

3.0 Études approfondies
Projet d’extension du réseau
de canalisation de gaz naturel du Réseau
d’acheminement du gaz Portland (PNGTS) de TransQuébec
et Maritimes (TQM)
Aperçu
Le projet avait été justifié
par la nécessité d'une livraison
accrue de gaz canadien au nord-est de États-Unis.
Il supposait l'installation de 210 km de gazoduc
de 600 mm à partir du système de
TQM à Lachenaie à un endroit sur
la frontière du Québec et du New
Hampshire près de East Hereford. La route
proposée pour le gazoduc devait traverser
plus de 200 cours d'eau, y compris 12 grandes
rivières dont trois canaux du Saint-Laurent.
La majorité de ces traverses de rivières
devait être effectuée par forage
directionnel. Environ 40 pour cent de la route
passerait sur des terres cultivées et 35
pour vent dans des boisés. 55 pour cent
de la route serait adjacente aux infrastructures
linéaires existantes : routes, lignes d'énergie
électrique et gazoducs. L'évaluation
environnementale a été enclenchée
en vertu de la Loi canadienne sur l'évaluation
environnementale (LCEE)par le biais de la Liste
des règlements (approbation par la Commission
nationale de l'énergie en vertu de la LCEE),
et une Étude approfondie a été
requise (gazoduc de plus de 75 km sur une nouvelle
emprise).
Le projet est passé l'étape des
rencontres d'information du promoteur suivies
d'audiences publiques du Bureau d'audiences publiques
sur l'environnement (Québec-BAPE), de la
Commission de protection du territoire agricole
du Québec (CPTAQ) et de la Commission nationale
de l'énergie. Finalement, il y a eu des
audiences publiques à des endroits où
les propriétaires s'objectaient à
la présence d'un gazoduc sur leurs terres.
Selon le processus du BAPE, l'étude d'impact
du promoteur a été rendue publique
le 9 mai 1997. Le 9 juin 1997, une commission
d’examen composée de trois personnes a
reçu le mandat de quatre mois prévu
par la Loi de tenir des audiences publiques et
de remettre un rapport au ministre de l'Environnement
du Québec afin que le Cabinet des ministres
prennent une décision. Huit centres de
documentation ont été mis sur pied
et deux cycles d'audiences ont eu lieu (le premier
pour les questions, le second pour les opinions)
dans quatre endroits le long du parcours du gazoduc.
Québec a approuvé le projet en décembre,
juste après la clôture des audiences
de la Commission nationale de l'énergie
(CNE).
Selon Mouvement Au Courant (MAC), les audiences
du BAPE ont ouvert plusieurs avenues de questions,
en particulier en ce qui concerne les points de
départ et d'arrivée du gazoduc que
le promoteur croyait immuables. Par la suite,
le MAC a découvert que des discussions
à ce propos avaient déjà
eu lieu lors d'une audience précédente
devant la CNE et d'un huis clos devant la Régie
du gaz naturel du Québec, qui a pré-autorisé
le projet en septembre 1996. Le MAC a aussi appris
que la section américaine du gazoduc avait
déjà été rejetée
sommairement par la Federal Energy Regulatory
Commission (FREC), responsable des autorisations
de PNGTS, quand elle a publié son ébauche
d’un Énoncé des incidences environnementales
en juin 1997 (un point d'entrée au Vermont
avait été préféré
à celui du New Hampshire).
Le processus de la CNE pour la participation
du public a débuté par des demandes
de commentaires sur la délimitation de
l'étendue, qui comprenaient des thèmes
à être abordés en vertu de
la Loi sur la CNE et la LCEE. Comme il savait
qu'il existait d'autres options que le projet
proposé, le MAC a demandé que l'étendue
de l'EE soit plus vaste, afin de comporter une
analyse plus détaillée et une comparaison
des solutions de rechange.
Quatre séminaires d'information pré-audience
ont eu lieu sur la Commission et son rôle,
la législation et la réglementation
applicables (documents fournis au public), et
sur la façon d'intervenir selon le statut
de participant, soit à part entière
tout au long des procédures quasi judiciaires,
soit de façon restreinte principalement
pour les propriétaires fonciers touchés.
Sept centres de documentation ont été
mis sur pied. Une commission d’examen composée
de trois membres a tenu 19 audiences, avec traduction
simultanée, durant les mois de novembre
et 1997 décembre à Montréal
et Orford, et les transcriptions étaient
disponibles pour les personnes qui n'avaient pas
les moyens de se les payer. La commission d’examen
a entendu une preuve considérable sur le
choix du point d'entrée aux États-Unis,
la faisabilité du point de vue technique,
l'opportunité, le coût et les effets
sur l'environnement. Une attention particulière
a été donnée aux dommages
potentiels aux sources d'eau souterraines après
dynamitage, à l'utilisation du droit de
passage par les motoneiges et les véhicules
tout-terrain, aux ruptures possibles du gazoduc
et aux dommages aux zones de valeur écologique
spéciale.
Dans le contexte des pouvoirs réglementaires
de la Commission sur les tarifs, un débat
important a porté sur les solutions de
rechange qui supposaient un gazoduc plus court
et par conséquent moins coûteux et
moins nuisible à l'environnement. En tête
du débat, on retrouvait la Union Gas, qui
paie la part du lion des tarifs de l'acheminement
du gaz à la TransCanada Pipelines (TCPL)
et à la TQM. Le promoteur n'a toutefois
pas été obligé de présenter
une analyse détaillée de la solution
de rechange la plus applicable qui permettrait
de suivre dans l'ensemble l'oléoduc actuel
Montréal - Portland à travers le
Vermont plutôt que le New Hampshire et écourterait
d'environ 70 km la longueur du gazoduc au Québec.
À la grande surprise de plusieurs, la
commission d’examen a choisi d'ignorer complètement
la preuve sur les solutions de rechange, en alléguant
que le projet ne risquait pas d'entraîner
des effets importants sur l'environnement. Peu
après, soit à la fin de février
1998, la commission d’examen a publié son
rapport d'Étude approfondie qui concluait
que le projet était acceptable. En dépit
des demandes pour une audience indépendante
sur le projet, à la fin de mars, la ministre
fédérale de l'Environnement a donné
son accord aux conclusions de l'Étude approfondie
et renvoyé le projet à la CNE pour
une décision finale qui a immédiatement
suivi.
Comme il fallait s'y attendre, la Commission
a approuvé le projet et rejeté l'idée
de la Union à l'effet que les usagers de
l'extension du PNGTS aient à payer un supplément
égal à la différence entre
le coût existant et le coût possible
dans le contexte d'une solution de rechange. Sur
ce dernier point, la Union a demandé que
la Commission révise sa décision,
car elle n'aurait pas pris en considération
toute la preuve entendue par la commission. La
Union a aussi entrepris des procédures
de révision judiciaire à la Cour
fédérale d'appel. En juin 1998,
la Commission a réitéré son
opinion à l'effet qu'elle n'avait pas à
examiner en détail les solutions de rechange,
et la Union a abandonné l'affaire en février
1999.
Questions clés
Renforcer la Loi
Malgré une bonne procédure de participation
du public, les résultats ont été
décevants, car la commission d’examen a
refusé de prendre en considération
toute la preuve qui lui était présentée.
La faute est en partie attribuable au libellé
de la Loi qui n'exige pas que le promoteur et
l'autorité responsable recherchent la solution
qui entraîne le moins d'effets. Les participants
ont eu l'impression que, sous plusieurs aspects,
le processus constituait une « perte de temps ».
Composition de la commission d’examen
La commission d’examen aurait pu être plus
objective si elle n'avait pas été
uniquement composée de membres de la CNE.

4.0 Examens par une commission
Barrage Oldman River
Aperçu
Point tournant en matière d’évaluation
environnementale au Canada, le barrage Oldman
River a établi le droit du gouvernement
fédéral d’assumer un rôle
important et légiféré relativement
à la prise de décisions et à
la gestion environnementale dans tout le pays.
Au niveau local, le barrage Oldman River montre
les dommages qui peuvent survenir lorsque les
projets ne sont pas évalués de manière
complète, proactive et transparente.
Le barrage Oldman River est situé en aval
du confluent des rivières Oldman, Crowsnest
et Castle, toutes situées près de
Pincher Creek au sud de l’Alberta. Le barrage
est d’une hauteur de 76 mètres et d’une
longueur de 30 780 mètres, et il est fabriqué
de terre et de remblai. À sa capacité
maximale, le réservoir contiendrait 490
millions de mètres cubes d’eau, s’étendrait
sur 24 km de longueur et aurait une superficie
de 24,2 km carrés. Ce barrage visait à
«endiguer l’eau à des fins de gestion des
eaux, de retenue des cours d’eau, de lutte contre
l’érosion, de régularisation du
débit, de protection ainsi que pour exercer
des activités récréatives
». Les promoteurs du barrage ont affirmé
que la régularisation du débit assurée
par le barrage permettrait aussi d’étendre
l’irrigation, d’améliorer les pêches
en aval, d’améliorer la qualité
de l’eau, d’assurer un approvisionnement en eau
pour usages municipales et autres, et fournir
à l’Alberta plus de souplesse afin de respecter
ses engagements d’approvisionnement en eau envers
les provinces en aval.
Même si l’évaluation environnementale
du barrage de la rivière Oldman a été
réalisée entre novembre 1990 et
avril 1992, le projet a une histoire beaucoup
plus longue. En mai 1958, le gouvernement de l’Alberta
s’est d’abord adressé à l’Administration
du rétablissement agricole des Prairies(ARAP)
du ministère fédéral de l’Agriculture
afin de déterminer la possibilité
de construire un réservoir de retenue sur
la rivière Oldman à un site appelé
Livingstone Gap. À partir de cette date,
de nombreuses études ont été
menées par des comités et commissions
mixtes gouvernementales et publiques qui désiraient
trouver les meilleures sites et assurer les divers
approvisionnements et besoins en eau de la région.
Même si plusieurs études faisaient
ressortir divers problèmes environnementaux
et recommandaient en 1978 de ne pas construire
le barrage, le ministre fédéral
a décidé en septembre 1987 de ne
pas effectuer d’évaluation en vertu du
Décret sur les lignes directrices visant
le PEEE et il a approuvé la demande de
construction au site Three Rivers.
Friends of the Oldman River (FOR), un groupe
de citoyens concernés, a été
créé au milieu de 1987 pour s’opposer
à ce projet. Après le refus de plusieurs
demandes d’examen présentées au
ministre fédéral de l’Environnement
et après plusieurs tentatives sans succès
de faire retirer le permis au niveau provincial,
FOR a porté l’affaire devant la Cour fédérale.
Devant ce tribunal, le 21 avril 1989, le juge
Jérôme a rejeté sa demande.
Dans les intervalles, le 31 mars 1989, 40 p. 100
du barrage était construit.
Peu de temps après, FOR a interjeté
appel devant la Cour d’appel fédérale,
sans succès, et lorsque le barrage était
presque terminé, un examen public a été
réalisé par une commission d’appel.
L’examen du barrage s’est tenu pendant que se
terminait la construction du barrage, la commission
d’enquête n’a pas préparé
de lignes directrices et le promoteur n’a pas
rédigé d’Énoncé d’incidences
environnementales. Plutôt, la commission
d’examen, avec le concours de citoyens intéressés
et de personnes ressources provinciales, a préparé
un document sur les besoins de renseignements
supplémentaires. Le public a participé
a une série de « réunion de détermination
des questions » qui se sont tenues en janvier
1991. Ensuite, une équipe de spécialistes
techniques auprès de la commission d’examen
et des personnes ressources fédérales,
provinciales et locales ont préparé
une réponse au document relatif aux besoins
de renseignements supplémentaires. Cette
série de réponses a orienté
la discussion lors d’autres réunions et
audiences publiques.
La commission d’examen a indiqué que «
même si de nombreux impacts environnementaux
et socio-économiques sont discutés
dans ce rapport, les principaux éléments
à prendre en considération sont
ceux qui touchent les pêches, la faune et
les écosystèmes des forêts
riveraines, et ceux qui concernent la « bande
autochtone Peigan ». La commission d’examen a
estimé que les impacts dans ces quatre
domaines étaient d’une telle importance
qu’ils l’emportaient de loin sur les bénéfices
économiques marginaux tirés d’une
amélioration de l’irrigation, de l’agriculture
et d’autres questions liées au barrage.
Cela a conduit la commission d’examen à
sa première recommandation qui consistait
à mettre hors service le barrage en ouvrant
les canaux de dérivation à faible
niveau afin de permettre un débit sans
retenue de la rivière. Tous les membres
de la commission, sauf un, ont accepté
cette première recommandation.
Questions clés
Dans son rapport final au ministre fédéral
de l’Environnement, les membres de la commission
d’examen ont formulé des commentaires en
des termes très explicites concernant le
projet et, plus précisément, le
processus d’évaluation.
Moment de l’examen
Un important principe d’une évaluation
environnementale efficace est le moment opportun
où elle s’applique. Une évaluation
efficace doit avoir lieu avant la prise de décisions
irrévocables, ce qui n’a manifestement
pas été le cas pour le barrage Oldman
River, et la commission d’examen a fait des commentaires
sur le fait que, au moment où le gouvernement
fédéral la convoquait, bon nombre
de personnes craignaient de dépenser plus
d’argent des contribuables pour un projet qui
avait déjà été « étudié
à l’excès » et qui était
presque réalisé. Si une évaluation
fait partie de la phase initiale de planification
d’un projet, il est possible de réfléchir
davantage au besoin du projet, à son objet
et à ses répercussions possibles.
Cela permet de gagner du temps et au gouvernement,
au promoteur et aux contribuables d’économiser
de l’argent.
Construction continue durant l’examen
L’arrêt des travaux de construction du
barrage aurait donné plus de crédibilité
au processus d’examen. Une fois de plus, ce commentaire
touche l’idée des décisions irrévocables
prises avant qu’une évaluation environnementale
ne soit réalisée. La commission
d’examen a ensuite recommandé que, si un
projet débute avant la mise en œuvre du
processus, le gouvernement fédéral
doit recourir à son pouvoir légal
d’arrêter les travaux de construction du
projet et, sinon, le ministre de l’Environnement
devrait utiliser tout le pouvoir légal
existant pour mettre en oeuvre les recommandations
que la commission d’examen a acceptées.
Malgré un examen tardif par une commission,
il est admis généralement que la
commission d’examen a résulté en
l’amélioration du projet du barrage Oldman
River. Malgré qu’il n’a jamais été
établi et qu’on a toujours mis en doute
que le projet était nécessaire,
la vingtaine de recommandations a offert de bonnes
solutions visant à atténuer les
répercussions négatives déjà
apparentes du projet. Cependant, comme pour les
autres commissions d’examen, les recommandations
étaient seulement à titre consultatif
et ne liaient pas le gouvernement fédéral.
Déclassement des résidus des
mines d’uranium
Aperçu
En février 1993, la Commission de contrôle
de l’énergie atomique a renvoyé
le déclassement des résidus des
mines d’uranium Rio Algom et Denison dans les
aires de gestion des déchets Quirk, Panel
et Denison au ministre de l’Environnement, pour
demander la tenue d’un examen en vertu du Décret
sur les lignes directrices concernant le PEEE.
Des séances sur la détermination
de la portée du projet ont eu lieu en décembre
1993, des lignes directrices provisoires ont été
diffusées et des énoncés
des incidences environnementales ont été
publiés, ainsi que des commentaires sur
leur capacité de respecter les lignes directrices
requises, en février 1995. Une audition
a été tenue en novembre 1995 à
Elliot Lake et s’est poursuivie jusqu’en janvier
1996 (elle devait se terminerait en novembre,
mais le décès d’un aîné
de la Première nation de Serpent River
a exigé de reporter l’audition prévue
à Cutler, la communauté de cette
Première nation, jusqu’en janvier).
Rio Algom Ltd. et Denison Mines Ltd. ont demandé
l’autorisation à la Commission de contrôle
de l’énergie atomique (CCEA) de déclasser
les aires de gestion des résidus de leurs
mines d’uranium dans la région d’Elliot
Lake, en Ontario. La CCEA avait autorisé
ces sociétés à recouvrir
des substances et à démolir des
structures en surface et des sites de travail
souterrains. Étant donné les similarités
et l’interdépendance environnementales
possibles entre les aires de gestion des résidus
de ces deux sociétés, la CCEA avait
recommandé que la Commission d’examen soit
mandatée pour examiner toutes les aires
de résidus autorisées actuellement,
mais l’examen n’a pas inclus les huit autres aires
de résidus qui n’exigeaient pas de permis.
Rio Algom et Denison Mines proposaient de déclasser
les aires de résidus en construisant une
série de digues et de barrages pour inonder
les résidus. En fournissant une barrière
d’eau protectrice, une telle technique de « submersion
dans l’eau » était censée
réduire beaucoup la production d’acide
en empêchant l’oxygène d’atteindre
les résidus et aussi la fuite du radon.
Une commission d’examen composée de trois
personnes a été nommée par
le ministre de l’Environnement, deux de celles-ci
possédant une expérience de l’extraction
minière dans la région et étant
associées à l’industrie minière,
et la troisième, le président de
la commission d’examen, étant un fonctionnaire
fédéral à la retraite. Les
deux sociétés, Rio Algom et Denison,
avaient conjointement retenu les services des
firmes de consultants Senes Limited et Golders,
deux firmes d’ingénierie. Diverses présentations
ont été faites par la Commission
de contrôle de l’énergie atomique,
Santé Canada, Environnement Canada, le
ministère du Développement du Nord
et des Mines de l’Ontario ainsi que la Ville d’Elliot
Lake. De nombreux groupes locaux, y compris la
Première nation de Serpent River, et les
organismes environnementaux et organismes de femmes
de l’extérieur de la région, ont
présenté des mémoires, tandis
que Northwatch a été le seul participant
qui représentait toujours l’intérêt
public.
Les craintes principales de Northwatch concernant
les résidus des mines d’uranium dans le
bassin d’Elliot Lake se divisaient en trois catégories :
1) les effets radiologiques : l’exposition
au rayonnement ionisant peut causer des dommages
biologiques. Le dommage causé par les rayonnements
est cumulatif. Plusieurs importants rapports ont
indiqué que les normes canadiennes devraient
être améliorées; 2) la
production d’acide : l’exposition du minerai
porteur de soufre à l’air et à l’eau
crée de l’acide sulfurique. La production
d’acide peut durer durant de nombreuses décennies,
des siècles ou même plus longtemps,
et ses répercussions peuvent voyager en
aval sur de très grandes distances; 3) les
répercussions cumulatives sur le bien-être
social et environnemental du bassin. Les résidents
du bassin Serpent River – tant humains que les
autres – ont un droit fondamental à un
habitat et à une source d’approvisionnement
en eau qui sont sains, lesquels pourraient être
touchés défavorablement par les
résidus et leur gestion inadéquate.
Par conséquent, les décisions en
matière de gestion ont une incidence sur
le niveau de vie, les choix de vie et la survie
même du bassin Serpent River. Northwatch
croyait que l’examen n’avait pas abordé
chacune de ces questions de manière adéquate.
Le rapport de la commission d’examen s’est terminé
par l’approbation de l’ouvrage en juin 1996, mais
à plusieurs conditions importantes, y compris
la reconnaissance du besoin de s’en préoccuper
constamment, une demande relative à un
organisme de surveillance publique, et le soutien
à la recherche libre dans la région.
La réponse du gouvernement a été
diffusée presque une année plus
tard, et elle rejetait effectivement les principales
recommandations de la commission d’examen, parce
qu’elles ne faisaient pas partie de son mandat,
à l’exception de celles visant à
accepter le recouvrement en eau peu profonde comme
étant l’option privilégiée
de déclassement. Ensuite, la Commission
de contrôle de l’énergie atomique
a accordé un permis pour le déclassement
de l’aire de gestion des résidus de Stanrock
et elle étudiait (en février 1999)
une demande de déclassement pour les sites
des déchets de l’aire 1 et de l’aire 2
de résidus miniers.
Questions clés
Mandat
Au départ, le mandat excluait les effets
cumulatifs, mais après des interventions
efficaces de la part des Premières nations,
des organisations environnementales et du gouvernement
provincial, on a élargi légèrement
le mandat pour tenir compte de l’apport des mines
à l’étude aux effets cumulatifs
dans le bassin de Serpent River. Cet élargissement
aurait permis d’améliorer l’examen afin
d’inclure plus généralement les
effets cumulatifs dans le bassin de Serpent River,
et en exigeant que le promoteur s’intéresse
à ces effets plus directement et de manière
plus exhaustive.
Lacunes de l’EIE
L’EIE était déficiente du point
de vue de l’étude des principaux domaines
liés au drainage minier de l’acide et aux
problèmes physiques ou structurels liés
aux propositions. Plus important encore étaient
les déficiences pour ce qui est de traiter
les effets radiologiques et les problèmes
connexes. L’organisation et la forme des études
d’impact environnemental présentaient un
certain nombre de problèmes; des problèmes
qui rendaient l’examen presque impossible à
réaliser en raison des coûts excessifs.
Financement des participants
Le financement des participants était
peu approprié pour le travail à
exécuter, surtout étant donné
la variété de problèmes techniques,
environnementaux et de problèmes au plan
de la santé.
CCEA
Le rôle de la CCEA était polyvalent
parce qu’elle participait à titre d’intervenant,
à titre d’ancien organisme de réglementation
qui a éliminé l’option la plus valable
au point de vue environnemental avant d’entreprendre
l’examen et à titre de futur organisme
de réglementation qui accorderait finalement
les permis. (Nota : La CCEA a déjà
octroyé un permis de déclassement
des infrastructures en surface et des galeries
de mines; cela a eu pour résultat qu’on
a placé des débris de construction
dans les puits de mines, ce qui a effectivement
éliminé l’option la plus valable
du point de vue environnemental qui consistait
à renvoyer de 30 à 50 p. 100
des résidus miniers dans les galeries souterraines.)
Portée
Un certain nombre d’autres sites ont été
exclus en raison d’une définition touchant
la procédure plutôt que pour une
raison pratique. L’examen a porté seulement
sur les sites qui étaient encore autorisés
par un permis de la CCEA.
Avis
L’avis a laissé peu de temps et il a été
donné tard pour commencer l’examen et les
séances de détermination de la portée
du projet.
Décision
La réponse du gouvernement a rejeté
les principales conclusions de la commission d’examen
qui auraient été profitables à
la collectivité et à l’environnement.
Gestion des déchets de combustibles
nucléaires
Aperçu
Énergie atomique du Canada limitée
est une société d’État que
le gouvernement fédéral finance
afin d’effectuer de la recherche et de promouvoir
les technologies nucléaires. Durant des
décennies, EACL a tenté de trouver
un moyen de se débarrasser du plus important
problème au plan technique et au plan des
relations publiques lié aux industries
nucléaires – les déchets hautement
radioactifs produits par les réacteurs
nucléaires. En 1988, le « concept »
d’EACL d’une méthode « d’évacuation »
relativement aux déchets du combustible
nucléaire a fait l’objet d’un examen d’évaluation
environnementale au niveau fédéral
en vertu du Décret sur les lignes directrices
concernant le PEEE. Même si le gouvernement
fédéral a indiqué qu’il était
un produit du « Programme Canada-Ontario »
sur les déchets de combustibles nucléaires,
le processus d’examen lui-même était
uniquement une création du Décret
sur les lignes directrices concernant le PEEE,
et ne possédait pas les caractéristiques
distinctes de la Loi sur les évaluations
environnementales de l’Ontario comme elle s’appliquait
au moment de l’examen (p. ex. le financement
des intervenants, les dispositions relatives aux
préavis, les procédures relatives
à la preuve). De plus, le gouvernement
de l’Ontario n’a pas été représenté
à aucune étape durant les procédures
et n’a pas non plus demandé à rencontrer
la commission d’examen ou le groupe d’examen scientifique
mis sur pied pour fournir des avis techniques
à celle-ci.
Le concept d’EACL consistait à enfouir
le déchet de combustible nucléaire
hautement radioactif dans le granite du nord de
l’Ontario. Ce « concept » découlait
de décisions politiques prises durant les
années 70, et il n’avait pas fait
l’objet d’un examen public ou scientifique avant
son adoption par le gouvernement fédéral
en tant que politique. L’approbation que cherchait
à obtenir EACL était uniquement
pour le « concept », et cela n’exigeait
pas que EACL identifie un site ou prouve que celui-ci
ne causerait pas de dommages où il serait
finalement situé. Aux termes du processus
public qui a duré huit ans, on n’était
toujours pas décidé quant aux détails
tels l’emplacement du site et la méthode
d’évacuation.
Le concept d’EACL a été renvoyé
au ministre de l’Environnement par le ministre
de l’Énergie, des Mines et des Ressources
en 1988, et une commission d’examen a été
nommée la même année. La commission
d’examen a tenu des audiences relatives à
la détermination de la portée du
projet en 1990, et elle a émis des lignes
directrices relatives à une étude
d’impact environnemental en 1992. EACL a publié
son étude d’impact environnemental au printemps
1994, et une période d’examen de neuf mois
s’est terminée avec une reconnaissance
par la commission d’examen que des erreurs s’étaient
glissées dans l’étude d’impact environnemental,
mais a refusé d’émettre une déclaration
d’erreur. Plutôt, on a ordonné à
EACL de fournir des renseignements supplémentaires,
mais sans exiger que ceux-ci soient fournis seulement
après le début de l’audience. L’audience
a été tenue en trois étapes
(générale, technique et communautaire)
à compter de mars 1995 jusqu’à mars
1996. L’examen de l’évaluation environnementale
a inclus une commission d’examen composée
de huit membres et un groupe d’examen scientifique
qui était composé d’autant de membres,
chacun nommé par la commission d’examen
fédérale. Il y a eu un certain nombre
de changements pour ce qui est de la composition
de la commission d’examen, la plus notoire étant
la démission d’un membre entre la première
et la deuxième étape de l’audition,
qu’on a indiqué officieusement comme étant
attribuable à des désaccords avec
soit le personnel de l’agence, soit au sujet d’un
protocole généralement accepté
de ne pas exprimer d’avis personnel durant les
séances de l’audition.
« L’autorité responsable »,
Ressources naturelles Canada (initialement, Énergie,
Mines et Ressources), a maintenu une présence
constante durant toute l’audition, et a fait des
présentations à plusieurs reprises,
y compris le dernier jour des séances techniques.
À cette étape, le directeur de la
Division des déchets de combustibles et
d’uranium, Peter Brown, a présenté
la « Politique-cadre sur les déchets
nucléaires » de RNCan, un document
qui avait été élaboré
avec la participation de l’industrie nucléaire
seulement. Il est regrettable qu’Environnement
Canada ait été absent du processus,
sauf pour ce qui est de certains commentaires
très bien préparés et complets
durant l’exercice de détermination de la
portée de l’examen qui a permis de déterminer
un rôle productif et important pour Environnement
Canada, lequel n’a pas été rempli.
Le personnel de la Commission de contrôle
de l’énergie atomique ont été
des participants homogènes et se sont conduits
dans l’ensemble de manière assez neutre,
soulevant des points et des problèmes techniques
pertinents. Ontario Hydro a été
un important intervenant, agissant à titre
de copromoteur durant la plus grande partie de
l’audition et elle s’est offerte à titre
d’organisme futur de « mise en application »
à partir de la première semaine
du début de l’audition. D’autres organisations,
comme les associations de l’industrie nucléaire,
la Royal Society et divers groupes professionnels
associés à l’industrie nucléaire
ont aussi participé à l’audition.
Chacun d’eux a exprimé un soutien semblable
à l’égard de l’industrie nucléaire
et d’une utilisation accrue de l’énergie
nucléaire.
L’intérêt public a été
représenté par diverses organisations
religieuses, environnementales, de femmes, de
jeunes et de groupes pacifiques. Les promoteurs
étaient beaucoup plus nombreux que ces
participants, notamment lors des discussions en
« table ronde » organisées par
la commission d’examen lors des auditions relatives
à la phase I. Ces séances n’ont
pas été enregistrées non
plus, et selon bon nombre de participants publics,
il n’y avait pas d’équité ou de
responsabilisation. Durant les auditions relatives
à la phase III, des centaines d’exposés
ont été faits dans 17 collectivités
à partir de la Saskatchewan jusqu’au Nouveau-Brunswick,
ou dans lesquelles les membres du grand public
étaient beaucoup plus nombreux que les
représentants de l’industrie nucléaire.
En mars 1997, la commission d’examen fédérale
a publié ses rapports. Ses principales
conclusions : EACL n’avait pas démontré
que le « concept » de l’enfouissement
des déchets nucléaires dans le Bouclier
canadien était une méthode sûre
ou acceptable. Bref, la commission d’examen a
jugé que le concept d’EACL n’était
en fait qu’un concept, qui comportait certaines
possibilités théoriques, mais sans
que n’ait été démontré
sa sécurité ou son caractère
acceptable dans une analyse pratique. La commission
d’examen a fait un certain nombre de recommandations,
lesquelles mettaient toutes l’accent sur le besoin
d’un plus grand rôle pour le public dans
l’élaboration future et l’évaluation
des options concernant la gestion des déchets
nucléaires et la nécessité
d’établir un cadre social et éthique
à utiliser pour évaluer les options.
La commission d’examen a recommandé que
soit mise sur pied une agence indépendante
dotée d’un conseil d’administration ayant
une large représentation, et que l’option
relative à la gestion des déchets
doive être grandement acceptée avant
que toute recherche d’un site ne débute.
Le gouvernement a publié en douce sa réponse
au rapport de la commission d’examen en décembre
1998. La réponse de 17 pages a rejeté
les conclusions de la commission d’examen pour
un certain nombre de domaines clés. Le
gouvernement a annoncé qu’il créerait
une nouvelle agence, mais que son conseil d’administration
serait composé seulement de représentants
de l’industrie nucléaire. La participation
du public à l’évaluation des options
relatives à la gestion des déchets
nucléaires serait limitée, et les
discussions tenues avec les collectivités
dans les « territoires de site » pourraient
commencer immédiatement dans le cadre de
l’activité visant à « créer
l’acceptation » d’une option de gestion des
déchets (plutôt qu’après qu’elle
ait été largement acceptée
par le public comme la commission d’examen avait
recommandé). Peut-être l’aspect le
plus révélateur de la réponse
du gouvernement, et le plus dommageable, a été
ses déclarations répétées
que l’acceptation d’une option relative à
la gestion des déchets nucléaires
« soutiendrait l’énergie nucléaire,
et en particulier l’option du CANDU, comme étant
une source valable d’approvisionnement en électricité ».
L’avenir de l’industrie nucléaire était
précisément exclue de l’examen d’une
durée de dix ans. Garantir l’avenir de
l’industrie nucléaire était le message
prioritaire qui se dégageait de la réponse
du gouvernement.
Questions clés
Communications de l’ACEE
Des textes accessibles par voie électronique
(par l’intermédiaire de l’ACEE) ont permis
à un groupe plus nombreux de suivre de
près les auditions, ainsi que de faire
certaines interventions assez efficaces durant
l’étape finale de celles-ci.
Mandat
Le mandat excluait précisément
toute discussion sur la politique énergétique
– la production continue de l’industrie nucléaire
– et toute discussion des utilisations militaires
de la technologie nucléaire. Il s’agissait
de questions importantes et cruciales; un examen
distinct sur les politiques énergétiques
a été annoncé comme étant
un processus « en parallèle »
au moment de l’annonce de l’examen, mais celui-ci
a commencé et a été annulé
en 1990 sans aucune autre discussion.
Déficiences de l’énoncé
des incidences environnementales
L’EIE était déficient, comme les
membres de la commission d’examen l’ont admis,
mais on ne s’était pas attaqué aux
déficiences avant le début de l’audition;
il ne s’agissait pas seulement de déformer
le processus relatif au Décret sur les
lignes directrices concernant le PEEE, mais cela
créait des problèmes pour le processus
d’examen lui-même.
Financement des participants
Le financement des participants était
sérieusement inadéquat. Des fonds
ont été accordés pour la
détermination de la portée du projet
et ensuite pour l’audition elle-même, mais
dans le deuxième cas, le comité
de financement – sans fournir d’explication –
n’a accordé qu’une portion des fonds disponibles,
même si les demandes étaient beaucoup
plus nombreuses que le montant disponible. On
a rendu très difficiles les préparatifs
et la planification, surtout lorsque les fonds
ont été ensuite alloués durant
une troisième ronde de financement.
Règles de la preuve
Le promoteur a présenté souvent
de nouvelles informations ou il a présenté
de l’information de manière différente
le jour même de son examen sur les éléments
techniques. Il y avait rarement assez de copies
pour tous les intervenants, ce qui a rendu leur
travail plus difficile pour examiner la preuve
ou pour préparer des questions. Le promoteur
était tenu d’indiquer seulement en termes
généraux les preuves qu’il présenterait,
et des documents et des réponses ou présentations
orales s’appuyaient souvent sur des documents
non disponibles.
Préavis et accès
L’agence a utilisé presque exclusivement
une liste d’envoi limitée pour donner des
préavis sur l’examen, et durant la période
entre la détermination de la portée
du projet et les auditions, elle a enlevé
de sa liste d’envoi un nombre considérable
de participants. La publicité dans les
journaux a été limitée, et
des mécanismes communautaires pour donner
un préavis au public n’ont pas été
utilisés en général. Les
auditions relatives à la phase I et
à la phase II ont été
tenues à Toronto, en dehors de la région
du projet, ce qui a résulté en un
accès limité pour ceux qui risquent
le plus d’être touchés par les résultats
de ce projet. Toutes les séances durant
la phase I et la phase II ont été
tenues durant la journée, ce qui a davantage
limité l’accès du public à
ceux qui pouvaient se libérer de leur travail.
Les fonds limités fournis par l’intermédiaire
du financement des participants ont exigé
que les groupes limitent leur participation durant
les séances relatives à la phase I
et à la phase II à un représentant,
souvent pour seulement certaines des séances.
Temps alloué
Les exposés par des participants du public
ont été limités (20 minutes
durant la phase I, 15 minutes durant
la phase II, et 10 minutes durant la
phase III), ce qui a exigé que les
participants limitent leurs commentaires et a
déterminé les questions prioritaires
à traiter. Cela était surtout un
problème durant la phase II, dans
laquelle il y avait un nombre considérable
de questions complexes et cruciales à traiter,
et les organismes pouvaient seulement se permettre
de faire assister au plus un représentant,
de sorte que toutes les questions devaient être
abordées en seulement 15 minutes.
Contraintes relatives au Groupe d’examen
scientifique
Un Groupe d’examen scientifique a été
mis sur pied pour fournir des avis techniques
à la commission d’examen, mais on lui avait
demandé de limiter ses observations en
conformité avec son mandat, ce qui excluait
les questions socio-économiques et éthiques.
Cela mettait le groupe d’examen scientifique dans
la position de devoir s’abstenir de formuler des
observations pour ce qu’il avait décelé
comme étant une importante question sur
la réalisation éventuelle des « concepts »,
c’est-à-dire les estimations financières
et les coûts.
Décision
La réponse du gouvernement a rejeté
les principales conclusions de la commission d’examen.
L’évaluation environnementale du lac
McClean
Aperçu
La recommandation fondamentale du rapport de
la Commission mixte d’examen fédéral-provincial
sur le lac McClean, en Saskatchewan, sur laquelle
toutes les autres recommandations reposaient,
demandait que le projet d’exploitation minière
du lac McClean par la Cogema soit retardé
de cinq ans. Le raisonnement de la commission
d’examen était fondé sur le besoin
d’acquérir plus d’expérience concernant
les installations antérieures de gestion
de résidus dans le secteur environnant
et plus d’information complète sur la santé
des collectivités. Ce délai aurait
aussi permis de maximiser les possibilités
d’emploi offertes aux résidants du Nord
grâce à plus de formation et d’études,
ainsi que fournir plus de possibilités
de discussion des questions importantes aux plans
éthique et environnemental concernant l’extraction
minière de l’uranium, ainsi qu’accorder
plus de temps pour évaluer les incidences
cumulatives biophysiques et socio-économiques
(rapport de la Commission d’examen mixte fédéral-provincial,
1993:41).
Les gouvernements fédéral et provinciaux,
ainsi que la Commission de contrôle de l’énergie
atomique (CCEA) ont ignoré à maintes
reprises le délai de cinq ans recommandé.
Malgré que les critiques du public et de
la commission d’examen du défaut par la
Cogema de fournir un plan approprié d’évacuation
des résidus, la CCEA a commencé
à étudier l’octroi d’un permis à
la Cogema afin d’entamer la construction de l’installation
JEB de gestion des résidus en amoncellement
au lac McClean durant l’été 1998.
Le 2 février 1999, après que
plusieurs inspections courantes ont révélé
d’importants défauts dans la roche de remplissage
à l’installation de gestion des résidus,
la CCEA a informé Philip Tenna de l’Interchurch
Reunion Committee (ICUC) qu’il était « très
improbable qu’un permis soit délivré
pour le projet du lac McClean à la réunion
de la CCEA du 24 février 1999 ».
Questions clés
Avant qu’il puisse y avoir approbation, des conditions
doivent être fixées
Avant qu’une mine d’uranium puisse obtenir une
approbation générale du gouvernement,
les recommandations d’une commission d’examen
doivent être suivies. Lorsqu’il existe de
nombreux problèmes environnementaux, ou
au plan de la santé et de l’éthique,
comme ceux décelés par la Commission
d’examen mixte du lac McClean, celles-ci doivent
être traitées avant qu’une approbation
générale puisse être accordée
à l’entreprise minière.
Les recommandations sur le partage des
revenus ne sont pas appliquées par les
gouvernements
L’une des coalitions de la commission d’examen
pour accorder une approbation d’exploitation minière
après l’expiration d’un moratoire de cinq
ans étaient : « une entente sur
une forme de partage des revenus qui serait acceptable
pour la majorité des collectivités
touchées » (Commission d’examen mixte
fédérale-provinciale, 1993:43).
Cette coalition de l’approbation n’a pas été
respectée.
Défaut de suivre les recommandations
de la commission d’examen
Les gouvernements et les organismes de réglementation
n’ont pas à rendre de compte directement
pour ce qui est du processus d’examen de l’évaluation
environnementale et de ceux qui y participent.
En approuvant la mine du lac McClean après
|