|
RENFORCEMENT DES GRANDS GROUPES -
PEUPLES AUTOCHTONES
Par Karen Wristen, Comité canadien des ressources arctiques
INDICATEUR
Action 21 formule de nombreux objectifs sur le renforcement
des communautés autochtones et de leur capacité de
participer aux décisions concernant l'aménagement des terres
et l'exploitation des ressources. La plupart de ces objectifs
ne peuvent pas être évalués quantitativement - soit en
raison de leur nature soit parce que l'objectif n'a pas été
documenté. J'ai opté pour l'engagement suivant comme
indicateur puisque notre progrès en cette matière misera sur
notre capacité d'équilibrer les objectifs établis pour les
communautés autochtones :
Mise sur pied d'un processus
d'autonomisation des peuples autochtones et de leurs
communautés par le recours à des mesures incluant :
- adoption ou renforcement des politiques et/ou des
instruments juridiques appropriés sur le plan national;
- reconnaissance que les terres des peuples autochtones
doivent être protégées contre toute activité qui n'est pas
écologiquement rationnelle ou que le peuple autochtone en
cause considère inappropriée sur le plan socioculturel.
SITUATION DE L'INDICATEUR EN 1992
Bien qu'il soit difficile de tirer des conclusions générales
sur cet indicateur compte tenu de la diversité des relations
qui existent entre le gouvernement fédéral et les peuples
autochtones du Canada, il est juste d'affirmer qu'en 1992, les
principes établis ci-dessus ne semblaient pas très reconnus.
La plupart des décisions sur le sort des terres publiques
pouvant faire l'objet de revendications territoriales
autochtones étaient prises par les gouvernements fédéral,
provinciaux ou territoriaux - souvent sans consulter les
peuples autochtones ou après une consultation très limitée.
Les terrains de réserve ont été gérés de façon similaire,
c'est-à-dire que les décisions critiques sur l'utilisation
et la cession des terrains sont souvent prises sans une
compréhension adéquate des faits ou des intérêts à long
terme de la population autochtone en cause. L'évaluation
environnementale ne reconnaissait pas officiellement le besoin
d'entreprendre des consultations publiques avant de prendre
des décisions d'aménagement.
SITUATION DE L'INDICATEUR EN 2002
Un certain progrès a été réalisé sur ces questions et
mérite d'être souligné. Par exemple, la Stratégie pour
l'environnement arctique - lancée en 1991 par le ministère
des Affaires indiennes et du Nord canadien - a récolté un
énorme succès pour régler les questions relatives aux
contaminants toxiques. On peut reconnaître à la SEA le rôle
de chef de file que le Canada a joué en signant la Convention
de Stockholm sur les polluants organiques persistants. Cinq
peuples autochtones avaient participé à part entière à
l'élaboration de la stratégie. Cette dernière bénéficiait
d'un bon niveau de financement et avait été clairement
conçue. Elle prévoyait un travail de collaboration avec les
partenaires circumpolaires. Bien qu'il demeure incertain si ce
succès se matérialisera par la mise en œuvre de la
Convention de Stockholm, il est clair que l'approche axée sur
les partenariats - élaborée sur le point des contaminants
dans le cadre de la stratégie elle-même - est un modèle qui
mérite d'être répliqué.
Du progrès a également été réalisé sur le plan de la
conclusion de traités, quoiqu'il ait été lent et compliqué
par les intérêts provinciaux en jeu. La Cour suprême du
Canada fournit beaucoup d'orientation et de direction depuis
1991, par exemple, en confirmant l'existence du titre
autochtone en Colombie-Britannique et le devoir d'entreprendre
des consultations significatives avant de prendre des
décisions qui risquent de nuire au titre autochtone.
Il nous reste beaucoup de travail à faire pour s'assurer de
la reconnaissance réelle de la nécessité de protéger les
terres autochtones contre toute activité d'aménagement qui
n'est pas écologiquement rationnelle ou désirable sur le
plan socioéconomique. Pour y réussir, il serait nécessaire
de mettre les éléments suivants en place :
- des processus assurant une participation efficace des
peuples autochtones aux décisions concernant l'utilisation
des terres;
- un financement adéquat pour assurer une participation
significative;
- des plans et des politiques régissant la prise de
décisions sur l'utilisation des terres;
- des données de référence permettant une évaluation
efficace des propositions de mise en valeur;
- des programmes de surveillance et de mise en application
pour s'assurer de la conformité avec les critères
d'émission de permis.
Certains traités sauvegardent par une constitution des
engagements de cette nature. Pourtant, le gouvernement du
Canada tarde à y donner suite. Par exemple :
- Il n'existe aucun plan d'utilisation des terres au Yukon,
dans les Territoires du Nord-Ouest ou dans certaines parties
du Nunavut.
- Les plans existants ne prévoient aucune aire ou zone
protégée pour limiter les activités de développement.
- Le Programme de suivi des effets cumulatifs, qui s'inscrit
dans les ententes sur les revendications territoriales
globales Gwich'in et Sahtu, accuse cinq années de retard.
Jusqu'à maintenant, aucun indicateur n'a été élaboré pour
fins de suivi.
- Le processus pour l'évaluation des activités en vertu de
l'Accord-cadre définitif du Yukon accuse des années de
retard, et aucune disposition imposée par la loi n'est
prévue pour l'aide financière aux intervenants dans le cadre
de l'évaluation environnementale des TNO et du Nunavut.
- La disposition sur les droits miniers d'entrée en
franchise sur les terres fédérales du Yukon, des TNO et du
Nunavut demeure en vigueur, ce qui mène à des différends
sur l'utilisation des terres et l'exploitation des ressources.
La situation est beaucoup plus complexe sur les terres de la
Colombie-Britannique et de l'Alberta qui ne sont pas soumises
à un traité et où les décisions sur l'utilisation des
terres relèvent des gouvernements provinciaux. Même la
reconnaissance du devoir fondamental d'entamer une
consultation significative a tardé lamentablement. Les
provinces persistent à refuser de reconnaître l'existence du
titre autochtone de tout territoire donné et insistent pour
dire qu'une telle reconnaissance ne sera possible que par la
signature d'un traité ou sur ordonnance d'un tribunal. Ainsi,
les décisions sur l'utilisation des terres continuent d'être
prises contre le gré des premières nations et, souvent, ces
décisions dérogent aux droits constitutionnels des
Autochtones.
SITUATION DE L'INDICATEUR SOUHAITÉE EN 2012
À la lumière de la participation des provinces et du
progrès réalisé dans le processus des traités jusqu'à
maintenant, il est très peu probable que le gouvernement
fédéral réussisse, au cours des dix prochaines années, à
mettre en place les instruments juridiques nécessaires pour
régler les revendications territoriales et des revendications
de souveraineté en instance au Canada. Il est donc suggéré
que la façon la plus efficace permettant au gouvernement
fédéral d'atteindre les objectifs d'Action 21 sans
compromettre davantage ses obligations constitutionnelles à
l'égard des peuples autochtones du Canada soit d'affecter les
ressources à la conclusion d'accords de principe prévoyant
l'octroi d'un veto efficace aux Autochtones dans les
décisions concernant l'utilisation de leurs terres en attente
de la conclusion des accords et des traités définitifs.
PLANS D'ACTION RECOMMANDÉS
- Maintenir et bonifier le financement des processus de
conclusion de traités et de gestion paritaire.
- Utiliser un nombre donné de modèles efficaces de gestion
paritaire pour mettre en place des organismes décisionnels
efficaces responsables de gouverner les terres sous réserve
des titres autochtones ou des revendications de souveraineté.
- Concentrer les ressources sur l'élaboration de politiques
et de plans d'ordre supérieur pour gérer le développement
régional.
- Financer la recherche, la surveillance et la mise en
application nécessaires pour prévenir toute dégradation
future de l'environnement attribuable aux activités de
développement.
- Renforcer les capacités pour s'assurer que les peuples
autochtones ont les outils requis pour participer efficacement
à la prise de décisions sur l'utilisation des terres.
VITALITÉ DU SECTEUR BÉNÉVOLE ET DES ONG DU CANADA
Préparé conjointement par : Stéphane Bordeleau, Société
Parkinson du Québec, Grace Burns, Société canadienne de la
sclérose latérale amyotrophique, Lara Ellis, Fédération
canadienne de la nature, Marlo Raynolds, Pembina Institute for
Appropriate Development, Paula Speevak-Sladowski, Bénévoles
Canada, Bernard Voyer, Société de tai chi taoïste.
Le secteur bénévole du Canada compte 77
000 organismes de bienfaisance enregistrés, 100 000
sociétés à but non lucratif et quelque 886 000
organisations locales d'un bout à l'autre du pays. Créés et
gérés par des citoyens bienveillants, ces organismes varient
énormément les uns des autres en ce qui concerne leur taille
et leur structure et incluent de grands organismes de services
polyvalents dotés de personnel syndiqué, de petites
sociétés de gestion collective, d'organisations
communautaires employant des professionnels très
spécialisés ainsi que des groupes spéciaux de personnes
animées des mêmes idées. Certains ont une portée nationale,
provinciale ou régionale tandis que le mandat de la plupart
est d'ordre local ou communautaire.
Selon l'Enquête nationale de 2000 sur le don, le bénévolat
et la participation, de tous les Canadiens âgés de plus de
15 ans, 27 % font don de leur temps (plus de 6,5 millions de
personnes au total), 91 % font des dons en argent (22 millions
de dollars au total) et huit Canadiens sur dix participent aux
activités d'au moins une organisation. Près de deux millions
de Canadiens occupent un poste rémunéré dans le secteur
bénévole, et de plus en plus d'établissements
d'enseignement collégial et universitaire offrent des
programmes spécialisés destinés aux leaders, dirigeants et
intervenants du secteur bénévole.
Le secteur bénévole du Canada est à la fois dynamique et
diversifiée. Collectivement, il offre des services et des
programmes aux personnes de tous âges et vise à améliorer
la qualité de vie des citoyens sur les plans suivants :
Droits de la personne
Protection de l'environnement
Développement international
Santé et services sociaux
Arts et culture |
Éducation
Préservation du patrimoine
Foi et spiritualité
Philanthropie
Sports et récréation |
Le financement, la législation et la réglementation
professionnelle de plusieurs organisations œuvrant dans ces
sous-secteurs relèvent d'une compétence provinciale. Bien
que ces sous-secteurs comptent des coalitions, des réseaux et
des associations de longue date, nous ne commençons à peine
à voir l'émergence de coalitions, de chambres, de conseils
et de forums civiques à portée plus étendue dans le secteur
bénévole. Ce mouvement a pour objectif d'assurer une
meilleure cohésion dans le secteur bénévole plus étendu et
est motivé par une volonté collective de commenter davantage
la politique gouvernementale, de renforcer la capacité du
secteur, de le mettre en valeur et de promouvoir la
collaboration et les partenariats au sein du secteur.
Le 5 décembre 2001, le gouvernement du Canada a signé un
Accord avec le Secteur bénévole canadien pour reconnaître
la nature complémentaire des rôles joués par les secteurs
public et bénévole dans la société civile. Le Conference
Board du Canada et le Centre canadien de philanthropie ont
mené des recherches et défendent la responsabilité des
sociétés tout en promouvant les relations entre les secteurs
privé et bénévole. Plus que jamais auparavant, le rôle
critique que joue le secteur bénévole dans la promotion des
collectivités écologiques auprès de ses partenaires publics
et privés est de plus en plus reconnu.
LE BÉNÉVOLAT POUR QUANTIFIER LA SOCIÉTÉ
CIVILE
Le taux de bénévolat est un moyen permettant de mesurer la
société civile, et certains le considèrent un indicateur
clé de la vitalité globale du secteur bénévole. Cet
indicateur a été retenu parce que les données sont
courantes et accessibles et non parce qu'il est accepté de
façon très répandue comme constituant la mesure définitive
de la force du secteur bénévole. Les divers paliers de
gouvernement ainsi que le milieu universitaire ont reconnu la
précieuse contribution de la recherche au secteur bénévole.
Plusieurs projets de recherche d'envergure sont actuellement
en cours et touchent les instruments de financement, les
pratiques de gestion des ressources humaines, l'étendue du
secteur bénévole, la typographie des organismes bénévoles,
la justice sociale et l'octroi de subventions ainsi que la
collaboration du secteur bénévole entre autres.
Au fil des années, le taux et le type de bénévolat
effectué par les Canadiens ont affiché des tendances
intéressantes. En 1997, 31 % des Canadiens ont consacré une
moyenne de 149 heures annuellement au bénévolat; toutefois,
en 2000, seulement 27 % des Canadiens se sont portés
bénévoles, mais ils y ont consacré une moyenne de 163
heures chacun. Le fait que moins de bénévoles consacrent
plus de temps aux activités de bénévolat se reflète
également dans la statistique inquiétante selon laquelle 6,3
% de tous les bénévoles contribuent 78 % des heures de
bénévolat.
Taux
de bénévolat
|
|
1992
(estimé)
|
1997
|
2000
|
Objectif
pour 2012
|
|
Heures consacrées
en bénévolat par année par habitant
|
45
heures par année par habitant
|
46
heures par année par habitant
|
44
heures par année par habitant
|
52
heures par année par habitant
|
|
Pourcentage
des personnes âgées de plus de 15 ans qui se
portent bénévoles
|
30 %
|
31 %
|
27 %
|
34 %
|
DÉFIS IMPOSÉS PAR L'UTILISATION DU TAUX DE
BÉNÉVOLAT COMME INDICATEUR
D'abord, on ne s'entend pas sur la définition officielle du
bénévolat, surtout dans les milieux ruraux et les
communautés culturelles. Ensuite, bien que le nombre de
bénévoles ait diminué, les niveaux de don et de
participation (c'est-à-dire l'adhésion, l'affiliation et les
dons en argent - non inclus dans le tableau ci-dessus) sont en
hausse. Donc, même si le taux de bénévolat a diminué, il
semblerait que le niveau global d'engagement des citoyens soit
en hausse.
Pour provoquer des changements systématiques, certaines ONG
canadiennes et internationales prétendent que les deux
courants d'activité du secteur bénévole - le service direct
pour atténuer la souffrance et la défense de causes pour
influencer la politique gouvernementale - doivent travailler
ensemble plus efficacement. Les complexités inhérentes du
système fédéral canadien ainsi que l'organisation et la
cohésion précaires du secteur bénévole plus étendu
imposent des défis uniques sur la relation entre le
gouvernement et le secteur bénévole.
TENDANCES ET STRATÉGIES POUR ATTEINDRE
L'OBJECTIF DE 2012
En réponse à l'évolution de la nature du travail (ex. :
moins de postes et de services permanents, augmentation du
nombre de contrats et de projets), le secteur doit relever le
défi de créer des affectations bénévoles de courte haleine
plutôt que des postes bénévoles de longue durée. La
mobilisation des bénévoles soutenus par leur milieu de
travail et la collaboration avec les initiatives de
responsabilité sociale du secteur privé indiquent une
tendance de plus en plus manifeste dans le secteur bénévole
qui a le potentiel de faire augmenter le taux de bénévolat.
Les organismes bénévoles sont également confrontés à un
nombre croissant de programmes obligatoires de service
communautaire (ex. : programmes dans les écoles secondaires,
services ordonnés par les tribunaux, aide sociale et
programmes d'" assistance-travail "). Ils doivent se
pencher sur les répercussions philosophiques et pratiques de
ce type de participation.
COMMENT CONTRIBUE LE SECTEUR BÉNÉVOLE DU
CANADA AU DÉVELOPPEMENT DURABLE DES CENTRES URBAINS DANS UNE
SOCIÉTÉ MONDIALE?
Les auteurs du présent rapport sont des étudiants inscrits
au programme McGill-McConnell (maîtrise en gestion des
leaders nationaux du secteur bénévole). Le groupe sur la
" durabilité mondiale " a produit un rapport sur un
certain nombre d'études de cas du secteur bénévole des
différents modèles de collaboration mis au point pour
accroître la viabilité. De plus, ce rapport fait état
d'autres indicateurs de la vitalité du secteur bénévole. Le
rapport sera éventuellement publié dans Internet.
Sources :
Enquête nationale sur le bénévolat (Statistique Canada,
1987), Enquête nationale sur le don, le bénévolat et la
participation (Statistique Canada, Centre canadien de
philanthropie, Bénévoles Canada, Développement des
ressources humaines Canada et Patrimoine Canada, 1997, 2000),
Portrait des organismes de bienfaisance canadiens (Organisations
nationales volontaires, 1994), The State of Voluntary Sector
Research in Canada (Centre canadien de philanthropie, 2000),
Attitudes of Canadians on Charities (Muttart Foundation,
2001), site Web du Centre canadien de philanthropie (www.nonprofitscan.org,
février 2002).

AUTORITÉS LOCALES
Par Nola-Kate Seymoar, Centre international pour le
développement durable des villes
INDICATEUR
: Mise en œuvre d'un programme Action 21 à l'échelon de la
collectivité
JUSTIFICATION
DE L'INDICATEUR
Selon
le secrétaire général, Nitin Dessai, le Sommet mondial pour
le développement durable (SMDD) doit se pencher sur trois
secteurs : mise en œuvre, partenariats et réitération des
engagements politiques. Bien que la mise en œuvre d'Action 21
à l'échelle nationale ait laissé à désirer, le Canada
affiche des succès sur le plan local. Le chapitre 28 d'Action
21 stipule que " D'ici à 1996, la plupart des
collectivités locales de tous les pays devraient mettre en
place un mécanisme de consultation de la population et
parvenir à un consensus sur un programme Action 21 à
l'échelon de la collectivité ". Le Conseil
international pour les initiatives écologiques communales (ICLEI)
a été l'auteur initial du chapitre 28 et sert - de concert
avec ses partenaires représentant les élus - de foyer pour
la collecte de données internationales sur le progrès
réalisé par les gouvernements à l'échelon des
collectivités. L'ICLEI a publié les résultats de deux
sondages internationaux sur le progrès du programme Action 21
à l'échelon de la collectivité menés en 1997 et en 2002.
L'ICLEI qualifiait ces derniers d'" un processus
multilatéral participatif visant à atteindre les objectifs
d'Action 21 à l'échelon de la collectivité par la
préparation et la mise en œuvre d'un plan stratégique à
long terme traitant des préoccupations prioritaires locales
concernant le développement durable ".
Les
processus d'Action 21 à l'échelon de la collectivité sont
caractérisés par les jalons suivants qui doivent être
franchis au moyen d'un processus participatif :
1.
mise sur pied d'un groupe multilatéral pour surveiller le
processus d'Action 21 à l'échelon de la collectivité;
2. achèvement d'une vérification de la durabilité locale;
3. élaboration d'une vision communautaire de la durabilité
en fonction de la vérification et d'une évaluation des
priorités de la collectivité;
4. mise en œuvre d'un programme Action 21 à l'échelon de
la collectivité pour identifier clairement des buts, des
priorités, des cibles quantifiables, des rôles et des
responsabilités, des sources de financement et des
activités de travail;
5. établissement d'une mesure de surveillance du progrès
par la collectivité au moyen d'indicateurs locaux.
SITUATION
DU CANADA EN 1992
L'administration
municipale faisait partie de la délégation canadienne
dépêchée à Rio, et le Canada a bénéficié du fait que le
siège social de l'ICLEI est sis à Toronto. Puisque le
concept du programme Action 21 à l'échelon de la
collectivité a vu le jour à Rio, aucune ville n'avait encore
adopté un tel plan. Toutefois, il était clair qu'on
s'attendait à ce que le Canada fasse un progrès
considérable à ce chapitre.
OÙ
EN SOMMES-NOUS EN 2002?
Selon
un récent sondage mené par l'ICLEI, le Canada compte 14
villes dont la mise en œuvre d'un programme Action 21 à
l'échelon de leur collectivité est bien avancée. De ce
total, deux villes - Hamilton/Wentworth et le District
régional de Vancouver (DRV) - jouissent d'une reconnaissance
mondiale de leur stratégie à long terme. Par contre, le
Canada traîne loin derrière les pays européens. Pour
expliquer la piètre performance du Canada en rapport avec cet
indicateur, il est important d'évaluer s'il s'agit
strictement d'un problème de définition ou si elle
représente réellement un manque d'action. Selon l'auteur,
c'est une combinaison des deux.
Par
exemple, le DRV compte un plan stratégique sur
l'habitabilité régionale (Livable Region Strategic Plan) qui
englobe toutes les mesures du programme Action 21 à
l'échelon de la collectivité et représente les 22
autorités locales plutôt qu'une seule. La Fédération
canadienne des municipalités (FCM) a lancé un programme
d'action sur le changement climatique nommé le Club des 20 %
qui, plus tard, a été regroupé avec la campagne mondiale
Cities for Climate Protection de l'ICLEI et mieux connu sous
le nom de Partenaires pour la protection du climat (PCP).
Quatre-vingt-onze villes, représentant quelque 60 % de la
population canadienne, participent activement au programme. Un
tiers des membres représentent principalement de petites
collectivités et des communautés rurales. Ce programme
repose sur des processus multilatéraux participatifs, et la
FCM ainsi que l'ICLEI incitent les collectivités à étendre
leur participation et à adopter une approche plus vaste au
programme Action 21 à l'échelon de la collectivité. Au
Manitoba, près de 80 tables rondes communautaires ainsi
qu'une puissante table ronde provinciale ont été mises sur
pied avec l'aide du gouvernement provincial. Leurs efforts se
sont déplacés, au cours des dernières années, du
développement économique vers le bien-être environnemental
et social. Le mandat des tables rondes est très étendu et
repose sur des processus multilatéraux participatifs. Il
semble donc que les résultats du sondage de l'ICLEI aient
identifié des autorités locales qui connaissaient le
programme Action 21 à l'échelon de la collectivité et
comprenaient comment leurs actions concordaient avec les
définitions mais aient pu écarter le type d'activité
représenté par les tables rondes communautaires ou les
participants aux PCP. Toutefois, ce manque d'identification
par les municipalités canadiennes ayant un rôle important à
jouer dans Action 21 demeure un problème considérable.
Selon
l'analyse du rapport sur le deuxième sondage mondial des
programmes Action 21 à l'échelon des collectivités, il
existe une forte corrélation entre l'appui national d'un
programme Action 21 à l'échelon de la collectivité et le
nombre de collectivités qui y participent. Cette conclusion
s'applique nonobstant la structure officielle des
gouvernements fédéral, provinciaux ou d'État et municipaux.
Après le Sommet de Rio, le Plan vert du gouvernement
fédéral du Canada a fourni l'énergie, la concentration et
les ressources nécessaires à la mise en œuvre d'Action 21.
Bien que le Plan vert ait été abandonné par le nouveau
gouvernement élu vers le milieu des années 1990, la ministre
de l'Environnement du nouveau gouvernement a promu les
processus d'Action 21 à l'échelon de la collectivité dans
sa ville de Hamilton/Wentworth. Et les résultats le
démontrent. Hamilton/Wentworth a remporté le prestigieux
Prix de Dubai pour les meilleures pratiques des
établissements humains en 2000.
Sur
le plan national, le gouvernement fédéral a longtemps
évité de participer directement aux affaires municipales,
confiant plutôt cette tâche aux provinces compétentes. Au
cours des trois dernières années, la FCM a accéléré son
rôle de programmation pour soutenir les efforts municipaux
visant à contrer le changement climatique. Le mandat de la
SCHL était trop limité pour qu'elle assure un leadership
efficace - et à Habitat II et dans la mise en œuvre de la Déclaration
de Rio. Malgré son emplacement à Toronto, l'ICLEI se
concentrait sur son mandat international. Le Centre
international pour le développement durable des villes
figurait parmi les organismes indépendants subventionnés par
le gouvernement fédéral et mis sur pied à la suite du
Sommet de la Terre, mais il a perdu son financement dans la
vague de coupures budgétaires du milieu des années 1990. Le
Centre s'est donc tourné vers des contrats d'aide étrangère
pour poursuivre son travail à l'échelle internationale.
Ainsi, un vide national s'est créé autour de la question de
l'exécution à l'interne du programme Action 21 à l'échelon
de la collectivité. Les activités menées, bien qu'elles
aient été nombreuses, n'ont pas été jugées tomber sous un
programme Action 21 à l'échelon de la collectivité et n'ont
pas bénéficié de la synergie créée par le partage
d'expériences.
Des
preuves indiquent que cette situation évolue. La FCM a reçu
du financement (Fonds municipaux verts) qu'elle gère pour
soutenir le développement durable des collectivités, y
compris des projets d'infrastructure écologique. Elle
considère important que les collectivités se dotent de
programmes étendus de développement durable pour tirer le
meilleur parti possible des fonds qu'elles reçoivent, et elle
soutiendra l'élaboration de plans énergétiques
communautaires, de plans d'action locaux et de plans de
développement durable. Le premier ministre a constitué un
groupe de travail libéral dont la tâche sera de formuler des
recommandations sur les propos urbains. La Table ronde
nationale sur l'environnement et l'économie (TRNEE) a fait
enquête sur le " tsunami urbain " et recommandé
que le Canada lance une Initiative sur les villes durables (IVD)
pour former des équipes de Canadiens provenant des secteurs
public, privé et civil pour aborder les problèmes associés
avec la vie urbaine et conquérir des marchés internes et
étrangers d'expertise et de technologie en milieu urbain.
Cinq ministères gouvernementaux ont collaboré à
l'élaboration de l'IVD d'envergure internationale, et
Industrie Canada a procédé à son lancement dans trois
villes en 1998. Une étude sur son efficacité a mené à la
formulation de recommandations pour l'étendre à un plus
grand nombre de villes étrangères dans l'avenir. La TRNEE a
mis sur pied un groupe de travail urbain et étudie activement
des réformes écologiques et fiscales. Plusieurs ONG se sont
penchées sur des enjeux urbains et entrepris des projets
conjoints, et Smart Growth est en voie de devenir un
véritable mouvement au Canada.
OBJECTIFS
POUR 2012
Compte
tenu du fait que la majorité des Canadiens habitent en milieu
urbain, il serait raisonnable de s'attendre à ce que 80 % de
la population soit couverte par des autorités locales ayant
entrepris officiellement des processus d'Action 21 à
l'échelon de la collectivité, si ce n'est pas déjà chose
faite, ou ayant décidé d'aller au-delà des mots et de
passer à l'action. Le programme Action 21 à l'échelon de la
collectivité doit être adapté aux petites, moyennes et
grandes villes, mais le processus utilisé demeure le même.
Il est raisonnable de bâtir sur les programmes déjà en
place et d'étendre leur portée.
STRATÉGIES
ET ACTIONS REQUISES
Vu
l'importance d'une campagne nationale et le besoin que le
processus d'Action 21 à l'échelon de la collectivité fasse
surface, il est recommandé de mobiliser plusieurs forces.
- La
Table ronde nationale sur l'environnement et l'économie a
une expertise et de l'intérêt pour les processus de
concertation multilatérale. Une étape clé dans
l'établissement d'un programme Action à l'échelon de la
collectivité viable consiste à créer un organisme
responsable des programmes locaux. La TRNEE est bien
placée pour se charger de la création de conseils de
viabilité des collectivités (CVC) qui seraient
responsables de ces programmes.
- La
FCM est bien placée pour développer le programme des PCP
et utiliser l'influence des Fonds municipaux verts et
d'autres sources de financement pour venir en aide aux
collectivités - par leur CVC ou un organisme équivalent
- en définissant et en mettant en œuvre leur plan stratégique
de développement durable.
- L'ICLEI
est bien placé pour fournir le contenu, l'encadrement et
la mise en valeur du potentiel pour ce processus d'Action
21 à l'échelon de la collectivité.
- Pour
renforcer le rôle des ONG canadiennes dans ce domaine,
les trois groupes - la TRNEE, la FCM et l'ICLEI - doivent
être encouragés à travailler avec les organisations
urbaines du Canada pour offrir la formation et le
renforcement des capacités nécessaires à l'échelle
nationale. Ces organisations incluent, sans toutefois s'y
limiter, le Centre international pour le développement
durable des villes, l'Institut urbain du Canada et le
Groupe interuniversitaire de Montréal.
- Une
initiative fédérale semblable à l'IVD internationale
doit être élaborée pour aborder et soutenir les
activités intérieures relatives aux collectivités
écologiques. Elle doit avoir l'autorité et la capacité
financières d'octroyer des subventions et des capitaux
d'amorçage aux CVC locales et aux initiatives à
l'extérieur des CVC qui respectent les objectifs du
programme Action 21 à l'échelon de la collectivité.
- Il
est nécessaire de financer les groupes susmentionnés
pour qu'ils puissent se doter des ressources humaines
nécessaires à la prestation de leur programme. De plus,
des capitaux d'amorçage doivent être débloqués pour
prendre des initiatives une fois les plans élaborés. Des
programmes de financement tels que le programme
Neighborhood Grants de Seattle se sont avérés très
rentables.
CONTEXTE
MONDIAL
Selon
le sondage mené par l'ICLEI, au moins 6 416 gouvernements
municipaux dans 113 pays participent à des activités de
programme Action 21 à l'échelon de la collectivité. En
1997, ils n'étaient que 1 812. Le Canada traîne loin
derrière avec ses 14 villes répertoriées. Toutefois, tel
qu'indiqué ci-dessus, il est possible que plusieurs
communautés entreprennent des activités semblables sous un
autre nom ou dans un autre cadre. Les États-Unis rapportent
87 villes, l'Allemagne 2 042 et l'Italie 429 tandis que
l'Estonie et la Mongolie en comptent 22. Les pays en
développement comptent trois fois plus de programmes Action
21 à l'échelon de la collectivité comparativement à 1997.
Sur le plan régional, l'Europe mène le monde avec 5 292
municipalités participantes.
À
l'échelle internationale, grâce au travail du Centre
international pour le développement durable des villes, de la
FCM, de l'Institut urbain du Canada, de l'équipe Agra, du
Groupe interuniversitaire de Montréal et de plusieurs autres
organismes soutenus par l'ACDI ou d'autres donateurs, les
activités de mise en valeur du potentiel des gouvernements
municipaux dans les pays en développement se concentrent sur
la planification stratégique du développement durable ainsi
que sur des processus multilatéraux et publics participatifs.
De façon ironique, nous réussissons peut-être plus
facilement à contribuer aux processus d'Action 21 à
l'échelon de la collectivité dans les pays étrangers qu'à
l'intérieur de nos propres frontières.
Malgré
qu'il ait accueilli la conférence ayant mené à la création
du Centre des Nations Unies pour les établissements humains
en 1976, le Canada ne soutient plus activement Habitat, le
Programme des Nations Unies sur les établissements humains.
Si
- comme plusieurs d'entre nous le croient - l'action locale
est la clé de la mise en œuvre d'Action 21 et le prochain siècle
sera témoin d'un transfert démographique majeur vers les
milieux urbains, le défi que le Canada est appelé à relever
consiste à réorienter des efforts à l'échelle nationale
pour soutenir le développement durable à l'échelon des
collectivités d'un bout à l'autre du pays. En même temps,
le Canada pourrait reprendre son rôle de leader mondial dans
le domaine, appuyer Habitat et se servir du 13e anniversaire
de la création d'Habitat pour organiser un sommet tripartite
sur la viabilité urbaine à Vancouver en 2006.

MILIEUX DE TRAVAIL DURABLES
Par David Bennett, Congrès du travail du Canada
Dans le cadre du Sommet de Rio de l992, le
concept de développement durable a été articulé et s'est
taillé une présence mondiale dans la pensée des
écologistes. Au cours des années qui ont suivi, la
durabilité a été articulée davantage et s'est vu attribuer
trois pôles ou axes : un environnement durable, une économie
durable et des collectivités ou une société durables.
Cependant, le concept des milieux de travail durables et de la
santé des travailleurs ne figurait nulle part. D'un certain
côté, cela n'était pas surprenant puisque le groupe des
travailleurs est invariablement le dernier qui est considéré
dans les débats sur la salubrité de l'environnement (ex. :
les débats sur les effets des pesticides chimiques sur la
santé). Par ailleurs, cette négligence est plutôt
étonnante puisqu'il devrait aller de soi que la plupart des
problèmes environnementaux se concentrent dans les milieux de
travail - entrée et exploitation des ressources, utilisation
énergétique et, d'abord et avant tout, pollution
environnementale. Cette omission doit donc être justifiée.
Un court chapitre sur les technologies plus
propres s'est greffé à Action 21 ultérieurement, mais ce
chapitre ne tentait aucunement de considérer le milieu de
travail la source et la solution potentielle d'une panoplie de
grands problèmes environnementaux. Dans le travail
subséquemment entrepris par la Commission du développement
durable des Nations Unies, un certain mouvement international
a été lancé pour réduire les risques dans le chapitre 19
d'Action 21 : Gestion écologiquement rationnelle des produits
chimiques. Le mouvement syndical a également participé à
une norme internationale sur le droit d'accès à
l'information sur les risques chimiques, résultant de la
partie B du chapitre 19 - Système mondialement harmonisé de
classification et d'étiquetage de produits chimiques. Cette
norme consensuelle, qui couvre une gamme étendue de produits
dont les produits chimiques industriels, les pesticides, les
biens de consommation et les produits pharmaceutiques, est en
voie d'être mise en œuvre par le Conseil économique et
social des Nations Unies (CES). Si elle est adéquatement mise
en œuvre, cette disposition introduira le droit d'accès à
l'information des travailleurs et des collectivités à une
gamme de pays moins industrialisés partout dans le monde.
C'est une véritable percée, inspirée à plusieurs égards
du Système d'information sur les matières dangereuses
utilisées au travail (SIMDUT). Malheureusement, elle est
beaucoup moins répandue qu'elle devrait l'être.
Par ailleurs, très peu d'attention a été
accordée à la prévention de la pollution, un composant
néanmoins essentiel du développement durable.
INDICATEUR : Mise en œuvre de
mesures pour prévenir la pollution
Le gouvernement du Canada définit la
prévention de la pollution comme suit :
Le recours à des processus, des
pratiques, des matériaux, des produits ou des sources
d'énergie qui préviennent ou minimisent la production de
polluants et de déchets et qui réduisent les risques globaux
à la santé humaine ou à l'environnement.
Bien que différentes formulations existent,
cette définition est aussi valable qu'une autre. Toutefois,
depuis 1995 - l'année où cette définition a été rendue
officielle -, le gouvernement fédéral agit de façon
minimale, voire fallacieuse. La prévention de la pollution
était l'objectif déclaré de la Loi canadienne sur la
protection de l'environnement (LCPE, 1999), mais les
exigences imposées sur la planification de la prévention de
la pollution sont minimes et sans conséquence jusqu'à
maintenant. Une des raisons qui l'expliquent est le fait que
la prévention de la pollution s'attarde à des processus au
sein des milieux de travail alors que la législation sur les
activités dans les milieux de travail est principalement de
compétence provinciale. Ainsi, le gouvernement fédéral
éprouve beaucoup de difficulté à intervenir efficacement
pour prévenir la pollution.
REGARD SUR LE PASSÉ
L'objectif déclaré de la LCPE (1999) est
la prévention de la pollution. Pourtant, parce que l'approche
adoptée par la LCPE est axée sur les substances elles-mêmes
ou les catégories de substances plutôt que sur une approche
holistique aux substances toxiques dans les milieux de
travail, le programme mis sur pied par Environnement Canada
n'est pas convaincant. Jusqu'à maintenant, il n'a planifié
la prévention obligatoire de la pollution que pour un nombre
très limité de substances (ex. : dichlorométhane) dans
l'annexe 1 de la LCPE. L'annexe 1 comporte une courte liste de
52 substances. Ainsi, l'approche ne peut couvrir les dizaines
ou les centaines de substances toxiques utilisées dans le
milieu de travail moyen. Puisque la plupart de ces milieux de
travail relèvent d'une compétence provinciale, les normes de
planification de la prévention de la pollution sont faibles
ou circonspectes. Les inspecteurs fédéraux ne peuvent
visiter ces milieux de travail pour vérifier l'efficacité
des programmes de prévention de la pollution.
Le nombre limité d'éléments de preuve
recueillis indiquent que les activités de prévention de la
pollution telles qu'elles sont définies par le gouvernement
est minimal. Des 2 190 installations qui déclarent leurs
émissions polluantes en vertu de l'Inventaire national des
rejets de polluants (LCPE-INRP), 9,6 % au plus déclarent des
activités pouvant réellement être qualifiées de
prévention de la pollution tandis que seulement environ 3 %
s'engagent dans une forme quelconque de reformulation de
matériaux et de produits ou de remplacement de produits
chimiques.
En conséquence, le succès des mesures
volontaires est limité et ce, malgré les efforts déployés
par des organismes nationaux pour promouvoir les initiatives
volontaires. Le Centre canadien pour la prévention de la
pollution, un organisme indépendant, fait un vaillant travail
malgré son budget minime. Le Bureau national de la
prévention de pollution du gouvernement fédéral tente de
faire un bon travail, mais ses efforts sont minés par les
grandes entreprises qui soutiennent à tort que la prévention
de la pollution nuit à la conjoncture économique. Plusieurs
provinces telles que l'Ontario et la Colombie-Britannique ont
produit des guides complets sur la prévention de la
pollution. Toutefois, sans une législation et l'adoption de
l'approche préventive à la gestion et au contrôle des
produits chimiques, ces efforts produisent peu de résultats
tangibles. La domination des accords du libre-échange et les
évaluations de risque quantitatives qu'ils prévoient
compliqueraient la tâche des gouvernements de mettre en
œuvre la prévention de la pollution, même s'ils étaient
prêts à le faire.
LE CANADA DANS LE CONTEXTE MONDIAL
Sur le plan international, la récente
Convention de Stockholm sur les polluants organiques
persistants (POP) - signée par le Canada - exige
l'élimination progressive de dizaines de polluants couverts
jusqu'à maintenant - un nombre très limité. C'est toutefois
un début, puisque l'interdiction des produits chimiques est
une stratégie évidente de prévention de la pollution.
Autrement, c'est aux mouvements syndical et
écologique que revient la tâche de promouvoir la prévention
de la pollution au motif qu'ils protègent les travailleurs,
l'environnement et les collectivités locales à la fois. Le
Congrès du travail du Canada a produit sa stratégie
nationale sur la prévention de la pollution en 1997, et
plusieurs syndicats représentant les secteurs privé et
public ont abordé la question. L'Institut canadien du droit
et de la politique de l'environnement (ICDPE) a accompli du
bon travail sur la prévention de la pollution en publiant son
guide des citoyens. D'autres organisations environnementales
ont adopté la cause de la prévention de la pollution et
l'ont intégrée dans leurs stratégies sur la qualité de
l'eau et la préparation de rapports publics sur les mesures
de prévention de la pollution entreprises par les industries
polluantes, par exemple.
Le dossier en matière de production durable
est pire encore. C'est à des organismes à l'extérieur du
Canada que revient la tâche d'élaborer le concept de la
production durable de biens et de services. Un de ces
organismes est le Lowell Centre for Sustainable Production.
Les organismes les plus coupables dans ce dossier sont
Industrie Canada et le ministère des Affaires étrangères et
du Commerce international. Les organismes se sont opposés à
toutes les formes de réglementation des produits chimiques et
d'approches préventives (bien qu'ils leur font l'éloge
stérile) au motif qu'elles nuisent à l'économie. Ils ont
également mal interprété les motifs scientifiques de
l'intervention de l'État en insistant qu'une évaluation de
risque doit être menée avant que toute action ne soit
entreprise. Encore une fois, cela reflète une position des
entreprises que les critiques qualifient à la légère de
science corporative bidon. En fait, les initiatives de
prévention de la pollution dans les milieux de travail ne
dépendent pas d'une évaluation préalable du risque, puisque
la prévention de la pollution est un composant essentiel de
la production durable. La position adoptée par ces organismes
gouvernementaux étouffe en réalité l'innovation et la
concurrence, ce qui condamne le Canada à la fois à une
économie stagnante de friche industrielle et à une
population empoisonnée.
Le mouvement syndical canadien compte des
politiques bien articulées sur la création d'emplois
environnementaux et la transition équitable des travailleurs
pendant des périodes de changement environnemental. Puisque
le gouvernement fédéral et certains gouvernements
provinciaux sont convaincus de l'absence de modifications de
l'environnement (ex. : sur la ratification du Protocole de
Kyoto), ces politiques ont été difficiles à mettre en
œuvre à l'échelle nationale. Ces mesures connaissent plus
de succès dans les milieux de travail et le récent
déplacement vers les collectivités écologiques.
OBJECTIFS ET STRATÉGIES POUR 2012
Comment pouvons-nous donc atteindre un
progrès significatif dans le dossier de la production durable
au cours des dix prochaines années? D'abord, nous devons
mettre en place des lois efficaces qui rendent obligatoire la
prévention de la pollution dans les milieux de travail
plutôt que celles qui s'adressent aux substances elles-mêmes.
Dans le cas des milieux de travail qui relèvent d'une
compétence fédérale, la partie IX de la LCPE (entreprises
fédérales) pourrait facilement être utilisée à cette fin.
Ensuite, nous devons intégrer l'approche
préventive dans la politique nationale pour remplacer les
faibles propositions qui circulent actuellement. De plus, nous
devons éliminer les sections des accords de libre-échange
qui abandonnent l'approche préventive au profit de
l'évaluation de risque, notamment les parties portant sur les
dangers pour la santé et l'environnement, ainsi que le
chapitre 11 de l'ALENA sur les investissements.
Nous devons également capitaliser sur nos
succès en matière de politique environnementale - y compris
l'environnement de travail - tels que le SIMDUT et l'INRP.
Enfin, nous devons constater un progrès
tangible vers l'adoption de collectivités écologiques, dont
les systèmes de production ne forment qu'une partie. Le
dialogue direct qui s'établit entre le gouvernement fédéral
- notamment le ministère des Finances - et les grandes
municipalités s'avère prometteur. Également prometteur est
le déplacement vers la création de fonds d'investissement
municipaux pour améliorer l'infrastructure environnementale
et aborder des mesures pour contrer le changement climatique
dans des secteurs tels que le transport en commun et
l'efficacité énergétique.

RESPONSABILISATION SOCIALE DES
ENTREPRISES
Par Lisa Princic, Canadian Business for Social Responsibility
INDICATEUR
La responsabilisation sociale des
entreprises et le développement durable sont des expressions
relativement nouvelles dans le monde des affaires qui gagnent
du terrain depuis les cinq dernières années. Canadian
Business for Social Responsibility (CBSR), la Commission sur
la démocratie canadienne et la responsabilisation des
entreprises et d'autres experts de la responsabilisation
sociale des entreprises ont jugé que la responsabilisation
est un composant important de cette tendance. La préparation
de rapports sur la durabilité sociale et environnementale est
une méthode par laquelle les organisations peuvent se rendre
responsables à leurs détenteurs d'enjeux. Plusieurs raisons
différentes peuvent pousser une entreprise à produire des
rapports de durabilité : rehaussement de la réputation,
réduction des risques et renforcement de la marque et du
profile de l'entreprise. Un autre facteur pouvant motiver la
production de rapports est un intérêt et un engagement
accrus à la transparence et à la responsabilité. Un
indicateur pouvant servir à suivre le progrès de la
responsabilisation sociale des entreprises au Canada est le
nombre d'entreprises qui diffusent publiquement des rapports
environnementaux et sociaux sur leurs activités ou consacrent
une partie de leur rapport annuel à la durabilité.
SITUATION DE L'INDICATEUR EN 1992
Des recherches menées dans le cadre d'une
étude indépendante ont trouvé qu'en 1992, 18 entreprises
canadiennes avaient publié des rapports détaillés sur
l'environnement, la société ou la durabilité. Cela
représente une hausse de 100 % du nombre d'entreprises par
rapport à l'année précédente. Au cours de cette période,
les entreprises ont produit principalement des rapports à but
unique tels que des rapports environnementaux ou d'autres à
intégration limitée tels que des rapports sur la sécurité
et l'hygiène du milieu.
SITUATION DE L'INDICATEUR EN 2002
En 2001, 57 entreprises canadiennes ont
produit un rapport public sur la durabilité. Bien que le
nombre de rapports publics ait augmenté de façon
spectaculaire (300 %), le nombre total d'entreprises
produisant des rapports publics demeure minime. Il est
intéressant de noter que, quoique le nombre de rapports ait
augmenté très peu, la portée de ces rapports s'est étendue
au fur et à mesure que le concept de la responsabilisation
sociale des entreprises a pris de l'ampleur. Depuis quelques
années, on assiste à une tendance vers la production de
rapports sur le rendement fondamental sur trois fronts :
social, environnemental et financier.
Des initiatives ont été lancées, et continuent d'être
lancées, pour élaborer des lignes directrices applicables à
l'échelle mondiale sur la production de rapports sur le
rendement économique, environnemental et social des
entreprises, des gouvernements et des ONG. Puisqu'on compte à
l'heure actuelle plus de 150 codes volontaires internationaux,
les entreprises canadiennes éprouvent de la difficulté à
sélectionner ou à élaborer le " bon " code. Un de
ces codes est la Global Reporting Initiative (GRI), qui a vu
le jour à la fin de 1997. La GRI a pour objectif de rendre la
production de rapports sur la durabilité aussi normale et
crédible que la production de rapports financiers pour ce qui
est de la comparabilité, de la rigueur et de la
vérifiabilité.
Dans le cadre d'une évaluation poussée des
rapports sur la durabilité de 35 pays menée de 1999 à 2000,
les cotes de " qualité " variaient de 28 à 96 sur
un total possible de 156 points. Ce sondage évaluait la
qualité et la perspective d'ensemble des renseignements sur
la durabilité transmis uniquement dans ces rapports
d'entreprise. Il est important de noter que très peu des
rapports évalués avaient fait l'objet d'une vérification
externe de source indépendante.
Le grand écart dans la qualité des
rapports produits n'est pas surprenant compte tenu de la
pléthore de codes volontaires et l'absence d'un format
normalisé pour la production de rapports. Le manque
d'engagement pour produire des rapports publics sur la
responsabilisation sociale des entreprises laisse voir que les
entreprises canadiennes continuent de lutter pour élaborer
des indicateurs, des jalons et des normes de production de
rapports clairs.
OBJECTIF POUR L'INDICATEUR D'ICI 2012
Les objectifs et les buts de la production
de rapports doivent délaisser les aspirations pour
préconiser le côté pratique et tactique. Le Canada doit se
doter d'un ensemble normalisé d'indicateurs qui sont
considérés crédibles par les entreprises, les ONG et le
gouvernement et qui peuvent être suivis, surveillés et
rapportés de façon systématique et fiable. Ces indicateurs
doivent être compatibles avec les normes internationales
acceptables.
ACTIONS REQUISES POUR S'Y RENDRE D'ICI
2012
Bien que la communauté des affaires
résiste et craigne une plus grande réglementation et
intervention de l'État, si des modifications considérables
ne sont pas apportées sur ces fronts, les changements
continueront d'être marginaux.
Le récent rapport intitulé The New Balance
Sheet - Corporate Profits and Responsibility in the 21st
Century prévoit des règlements pour créer un ensemble de
lignes directrices sur la responsabilisation sociale des
entreprises qui obligeraient les entreprises à produire des
rapports sociaux et environnementaux. De plus, les régimes de
retraite seraient tenus de divulguer si leurs politiques
d'investissement tiennent compte de ces lignes directrices.
Voici d'autres recommandations formulées dans ce rapport :
- amendement des lois sur les sociétés
pour encourager les entreprises privées d'une certaine
taille à produire des rapports annuellement;
- mise en œuvre des exigences stipulées
ci-dessus d'ici 1 à 3 ans;
- obligation d'une liste de divulgation de
toutes les condamnations criminelles et réglementaires
graves dans les rapports annuels;
- obligation pour les grandes sociétés
publiques et privées de produire des vérifications
sociales annuelles.
SITUATION DANS LE CONTEXTE MONDIAL
Dans un sondage mondial, le Canada s'est
classé dans la moyenne pour ce qui est de la durabilité. Au
total, 26 % des 100 plus grandes entreprises canadiennes
produisaient des rapports sur la durabilité, se classant
ainsi derrière l'Allemagne (36 %), la Suède (34 %), le
Royaume-Uni (32 %), la Norvège (31 %), les États-Unis (30 %)
et le Danemark (29 %). Le Canada affiche une meilleure
performance que les Pays-Bas (25 %), la Belgique (16 %),
l'Australie (15 %), la Finlande (15 %) et la France (4 %).
Plusieurs pays européens ont déployé un
effort systématique pour intensifier la production de
rapports environnementaux par les entreprises en adoptant des
exigences et des actions gouvernementales bien précises. Le
Danemark, la Norvège et les Pays-Bas ont tous rendu
obligatoire une forme précise de production de rapports
environnementaux par nombre d'entreprises. Au Royaume-Uni, le
gouvernement a motivé plusieurs entreprises à publier des
rapports environnementaux en apportant des modifications à la
réglementation sur leurs régimes de retraite. La nouvelle
réglementation oblige les régimes de retraite à divulguer
publiquement leur façon de tenir compte des facteurs
environnementaux et sociaux dans leurs décisions
d'investissement. En conséquence, les régimes de retraite
demandent maintenant d'obtenir des renseignements d'ordre
environnemental et social sur les entreprises dans lesquelles
ils investissent.
Le gouvernement du Canada semble loin
derrière comparativement à d'autres pays pour ce qui est
d'une convergence stratégique ou d'un engagement démontré
à l'égard de la responsabilisation stratégique des
entreprises conformément à un rapport de CBSR. En raison de
son niveau de vie élevé, le Canada est bien placé pour
devenir un chef de file en matière de responsabilisation
sociale des entreprises. Le Canada peut y contribuer en
partageant ses meilleures pratiques avec des pays moins
développés. Pour ce faire, il pourrait organiser des
conférences dont le produit final serait le partage des
leçons qu'il a apprises jusqu'à ce jour.

MESURE DE L'AGRICULTURE DURABLE
Par Linda Geggie, LifeCycles Project Society
Définir l'agriculture durable ressemble en
plusieurs points à demander à trois aveugles de décrire un
éléphant. Tout dépend de son point de vue. Pour évaluer la
" durabilité " des activités agricoles, il est
nécessaire d'examiner ses dimensions interdépendantes. Un
système durable d'agriculture et d'alimentation doit être
axé sur :
- la subsistance des agriculteurs et la
capacité d'adaptation des collectivités rurales;
- des systèmes de production agricole qui
remettent l'environnement physique en état et qui
maintiennent la productivité et la fiabilité des sols;
- la capacité de nourrir d'abord les
populations locales et de leur assurer une sécurité
alimentaire à long terme.
Pour mesurer le progrès réalisé vers
l'agriculture durable au Canada, et la force des agriculteurs,
il est très important de considérer l'agriculture un réseau
de relations économiques, médicales, environnementales et
sociales. Les objectifs appropriés établis par les
collectivités, les gouvernements nationaux et les accords
internationaux sur la promotion de l'agriculture durable
doivent préconiser des activités qui renforcent l'un de ces
éléments importants plutôt que les miner ou les contredire.
" La préoccupation première des agriculteurs et des
grands groupes alliés est d'ajouter la sécurité alimentaire,
le développement rural et les moyens d'existence durables à
l'ordre du jour. "
Bien que le Canada ait pris de nombreuses
actions distinctes (ex. : la création du Projet sur les
indicateurs agroenvironnementaux , du Plan d'action du Canada
pour la sécurité alimentaire et la mise en œuvre de
l'Initiative Partenariats ruraux ), il n'a pas réussi à
s'attaquer de façon adéquate à une tendance et activité
très importante qui constitue possiblement la plus grande
menace à l'agriculture durable. Cette menace est
représentée par la concentration des sociétés par
l'intégration verticale et horizontale du secteur
agroalimentaire. Si nous ne nous attaquons pas à la
concentration des sociétés, au contrôle du secteur de
l'alimentation ainsi qu'à l'industrialisation et la
mondialisation de l'agriculture, nous n'abordons donc pas
adéquatement les préoccupations sociales, économiques et
environnementales des agriculteurs canadiens et des
collectivités canadiennes.
INDICATEUR
Utilisé de concert avec d'autres
indicateurs environnementaux, sociaux et médicaux, le
pourcentage de la quote-part des grandes activités
agroindustrielles de l'industrie agricole du Canada peut
servir à mesurer l'augmentation ou la réduction de la
durabilité agricole au Canada. La relation entre la taille et
le nombre de fermes et des facteurs tels que les pratiques
agricoles, la diversification économique, les emplois dans la
production agricole et la viabilité des collectivités
rurales et agricoles en fait un indicateur holistique et
attrayant.
Les fermes familiales indépendantes ont tendance à se
responsabiliser davantage aux préoccupations
environnementales et communautaires locales, à faire leurs
achats plus près de chez elles, à expédier leurs produits
sur des distances plus courtes, à employer un plus grand
nombre de personnes et à nuire moins à l'environnement
terrestre, aquatique et atmosphérique. " Une structure
agricole dont les sociétés et non les familles sont les
principaux propriétaires a tendance à mener à une
dépopulation, une diminution des revenus, une réduction des
services communautaires, une moindre participation aux
processus démocratiques, un volume plus faible de commerce au
détail, la pollution environnementale, une hausse du chômage
et une nouvelle structure de classe rigide. "
Lorsqu'on compare la plupart des sociétés
agroalimentaires, dont surtout les plus grandes, aux buts de
la durabilité, elles ne contribuent pas de façon
significative, principalement en raison de leur nature
centralisée. La centralisation, l'industrialisation et la
mondialisation de l'agriculture ont eu pour effet que les
agriculteurs indépendants plus petits ne sont plus
concurrentiels dans le marché. Il en résulte la fermeture de
plus en plus de fermes, une hausse du chômage dans
l'industrie de la production agricole, le déclin des
collectivités rurales, une plus grande dépendance de
méthodes agricoles qui nécessitent l'utilisation de plus
grandes quantités de produits chimiques et d'énergie ainsi
qu'un engouement de plus en plus manifeste pour la
biotechnologie qui met notre environnement physique et les
droits des agriculteurs et des peuples indigènes de toute la
planète en péril. De plus, cette réalité contribue très
peu à assainir nos aliments ou à rendre les aliments
accessibles à l'ensemble des Canadiens. Les mérites des
" économies d'échelle " ne tiennent plus lorsqu'on
considère plus que le résultat net et évalue les coûts
sociaux et environnementaux plus élevés.
REGARD SUR LE PASSÉ
Si nous passons en revue les changements
dans le nombre et la taille des fermes canadiennes au cours de
la dernière décennie, la tendance qui se dessine est à la
fois alarmante et en plein essor. Les fermes plus grandes (en
fonction du revenu agricole brut) représentent un pourcentage
en forte croissance de toutes les fermes au Canada. Le nombre
de grandes fermes (revenu agricole brut supérieur à 100 000
$) a augmenté de 11 % entre 1991 et 1996 et de 16 %
supplémentaires entre 1996 et 1999, ce qui représente une
hausse totale de 27 %. En conséquence, les grandes fermes
représentent maintenant 40 % de l'ensemble des fermes (comparativement
à 27 % en 1991).
Par ailleurs, le nombre de petites fermes (revenu
agricole brut inférieur à 50 000 $) a diminué de 6 % entre
1991 et 1996 et de 22 % supplémentaires entre 1996 et 1999.
Ainsi, le nombre de petites fermes a diminué de 28 % au
total, de sorte que ces fermes ne représentent aujourd'hui
que 33 % des fermes canadiennes. De plus, si nous
répartissons le pourcentage de variation entre les deux
périodes, il en ressort une accélération de la tendance au
cours de la dernière décennie.
CONTEXTE MONDIAL
Au cours des dix dernières années, la
valeur mondiale des fusions et des acquisitions d'entreprises
a augmenté de 462 milliards de dollars américains en 1990 à
plus de 3,5 billions de dollars américains en 2000, ce qui
représente approximativement 12 % de la production
économique mondiale totale. Cette concentration du pouvoir
corporatif a nui à la plupart des secteurs de l'économie
mondiale en même temps que l'écart entre riches et pauvres
se creusait. Selon le Programme des Nations Unies pour le
développement, 1 % de la population mondiale la mieux nantie
touche le même revenu que les 57 % les plus pauvres.
Par exemple, au Canada, deux sociétés - notamment IBP et
Cargill - dominent l'industrie du conditionnement du bœuf en
contrôlant 74 % de la capacité canadienne. Quatre
entreprises (DuPont/Pioneer, Monsanto, Novartis et Dow)
contrôlent 69 % du marché nord-américain du maïs de
semence et 47 % du marché des graines de soya.
D'un côté, le Canada participe à l'Organisation mondiale du
commerce, à l'Accord général sur les tarifs douaniers et le
commerce, au Codex Alimentarius et à l'Accord de
libre-échange nord-américain, ce qui a contribué aux effets
de ce processus de concentration. De l'autre, le Canada s'est
engagé à respecter Action 21 qui dicte que :
Les gouvernements devraient promouvoir les
mécanismes de fixation des prix, les politiques
commerciales, les incitations fiscales et les autres
instruments qui ont une influence positive sur les
décisions de chaque agriculteur concernant l'utilisation
efficiente et écologiquement durable des ressources
naturelles et tiennent pleinement compte de l'impact de ces
décisions sur les ménages, la sécurité alimentaire, les
revenus agricoles, l'emploi et l'environnement.
Donc, bien que le Canada agisse dans
certains secteurs, il ferme les yeux à l'intégration
verticale et horizontale de l'agroalimentaire qui risque de
nuire le plus à la viabilité des agriculteurs et de
l'agriculture. Nous devons nous décider, et les gouvernements
doivent adopter une direction claire.
OBJECTIFS ET STRATÉGIES POUR 2012
Il est très important que nous renversions
ces tendances au cours des dix prochaines années. Si le
Canada et les Canadiens tiennent sérieusement à la
durabilité des fermes et des agriculteurs du Canada et du
monde entier, les politiques et les régimes commerciaux
mondiaux doivent changer de façon draconienne. Nous devons
nous assurer de la survie des fermes indépendantes et
familiales. Pour ce faire, nous pourrions prendre des mesures
pour que les fermes indépendantes plus petites détiennent au
moins 50 % du marché de la production au Canada.
QUELLES STRATÉGIES LES COMMUNAUTÉS ET
LES GOUVERNEMENTS PEUVENT-ILS ADOPTER?
Voici quelques suggestions :
- Débattre que les organismes
internationaux ne peuvent aborder la question de la
sécurité alimentaire mondiale sans aborder celles de la
propriété, du contrôle et de la consolidation des
entreprises, et exiger le renforcement de la division
économique de l'Organisation des Nations Unies pour
l'alimentation et l'agriculture pour contrôler les
impacts des sociétés multinationales et des nouvelles
technologies sur la sécurité alimentaire mondiale.
- Appuyer la Déclaration de Seattle de Via
Campesina.
- Appuyer le développement de
coopératives.
- Soutenir la production et la
certification biologiques ainsi que les organismes de
vérification.
- Transmettre des renseignements et
contrôler les pratiques commerciales.
- Activisme des consommateurs -
Historiquement, les consommateurs ont agi seuls et en
groupe pour provoquer le changement des pratiques
agroalimentaires par l'achat sélectif et l'investissement
éthique entre autres.
- Modifier les caractéristiques et les
règlements de gouvernance des entreprises : modifications
juridiques du statut des sociétés, contrôle des règles
d'actionnariat, restrictions sur les fusions et les
acquisitions (le Canada ne compte qu'un instrument
juridique significatif en place, soit la Loi sur la
concurrence).
- Refondre les lois fiscales.
- Accroître la responsabilité des
sociétés et étendre la base de propriété.
- Choisir et soutenir des formes
d'entreprises de rechange.
- Restructurer les concepts économiques
pour qu'ils appuient la durabilité.
|